21 janvier 2008
Laïcité: Sarkozy franchit la ligne rouge
Par Catherine Kintzler
Loin d'atténuer les déclarations du « Discours de Latran », le discours
tenu le 14 janvier par le président de la République à Ryad les
renforce.
Aucun
président n'avait osé une telle célébration des religions. Aucun
n'avait osé prononcer le nom de « Dieu », utrement que comme un nom
commun, un concept ou dans des expressions courantes: cette fois il a
été, à plusieurs reprises, assumé comme une entité à laquelle il faut
croire. Une ligne rouge est franchie.
Confusion entre tolérance et laïcité
« Voilà bien une indignation partisane inspirée par l'intolérance
laïque », ne manqueront pas de dire les inconditionnels du sarkozysme.
C'est qu'ils répandent une idée fausse, selon laquelle la laïcité
serait un dispositif antireligieux faisant obstacle à la tolérance.
C'est qu'ils confondent laïcité et tolérance.
le principe de laïcité touche l'autorité publique, ce qui relève de
l'Etat et de ses institutions, du droit et de sa production. Ce
principe est minimaliste: il dit que le lien religieux n'est pas
nécessaire au lien politique qui fonde la cité; en conséquence il
impose un devoir d'abstention à la puissance publique en matière de
croyances et d'incroyances. Cette abstention fonde, partout ailleurs
dans la société civile, la liberté des opinions, des croyances et des
incroyances dans le cadre du droit commun. Par son silence, le principe
de laïcité libère l'espace civil où règne le principe de tolérance. La
laïcité ne s'oppose aux religions que lorsque celles-ci prétendent
faire la loi. Pour la même raison, elle ne peut tolérer aucune religion
civile: la loi ne peut pas être un dogme.
S'appuyer sur le rejet du laïcisme pour accréditer le communautarisme
Présenter la laïcité comme une machine antireligieuse, c'est la
confondre avecc le laïcisme qui veut soumettre la société civile au
principe d'abstention propre à la sphère publique. Le raisonnement
sarkozien s'autorise alors cette confusion pour réclamer à l'inverse
une laïcité « positive » qui mettrait la puissance publique au même
régime de tolérance que la société civile. Cela revient à briser le
modèle politique qui en France conditionne une grande partie de la
liberté d'opinion; c'est promouvoir les religion ès qualités au statut
d'interlocuteurs politiques, c'est ouvrir la voie au communautarisme,
c'est accepter qu'une doctrine officielle se répande au sujet de la
croyance.
Il y a là un projet qui tend à l'alignement de la France sur un modèle dont on oublie trop souvent les lacunes.
La réussite laïque
Car il y a trois choses que le régime de laïcité réussit seul à faire,
et qui échappent au modèle de tolérance tous azimuts sur lequel semble
lorgner le président de la République:
1. Le régime laïque rend impossible toute officialisation du religieux
(ou de l'athéïsme); les religions sont protégées contre l'Etat et
réciproquement. En outre, il y a égalité morale entre les croyants, et
aussi entre les croyants et les incroyants.
2. Le
régime de laïcité est incompatible avec le communautarisme. Les
communautés (religieuses ou autres) peuvent s'organiser librement,
elles jouissent d'un statut juridique et ont toute liberté
d'expression, mais elles ne peuvent pass prétendre à la reconnaissance
politique, réservée aux citoyens et à leurs représentants élus.
3. La laïcité ouvre un espace civique et critique commun. Elle demande
à chacun, d'abord à l'école puis comme citoyen, de faire un pas au delà
de son origine, de faire un effort pour ne pas se réduire à une
appartenance préalable à laquelle personne n'est tenu de renoncer.
Un gourou indiscret
Comme individu, Nicolas Sarkozy jouit de la tolérance qui s'applique à
la société civile. Mais le président s'exprimant en tant que tel n'a
pas la même liberté.
En célébrant l'esprit religieux, en déclarant que « Dieu est dans le
coeur de chaque homme », que l'espérance est indissociable de la
croyance, en réduisant les religions au désir de transcendance, le
président commet une effraction dans un domaine qui devrait rester
inviolable. Tel un gourou, il prétend délivrer une vérité sur la
conscience de chacun, et blesse en cela autant les croyants que les
incroyants. Nous n'avons que faire d'une profession de foi indiscrète:
qu'ils nous laisse prendre nous-mêmes soin de notre âme et qu'il
s'attache plutôt à rendre l'espoir aux Français, ici et maintenant.
Commentaires
Merci pour ce blog qui m'as permis d'entendre ce que Sarkozy à exactement dit !
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=216203&pid=7647714
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :