Humanisme Laïque

Pour la Liberté, l'Egalité, la Fraternité & la Laïcité

29 mars 2008

Laïcité, séparation « Etat-Eglises » : 71 % des Français veulent garder la loi de 1905 telle qu’elle est

laicite_effelPar Pierre Baracca

 

   

   
Enquête par sondage de l’Ifop pour La Croix, réalisée les 6-7 mars 2008, à partir d’un échantillon représentatif d’une population de 15 ans et plus (méthode des quotas).
 

 

    C’est une enquête qui bouscule de nombreux discours médiatisés convenus. N’en déplaise au Président Sarkozy et à ceux qui à gauche ont oublié la République laïque, les Français ne les suivent pas pour liquider la laïcité avec la notion-piège de « laïcité ouverte » ou « apaisée » ou « positive ». L’enquête réalisée par l’Ifop et publiée par « La Croix » le 21 mars 2008 montre que la laïcité est l’une des valeurs républicaines les plus importantes pour les Français. Et même 77 % d’entre eux disent que « les autorités religieuses ne devraient pas prendre position publiquement sur les grands enjeux de société ». La laïcité est donc un choix politique fondamental des Français.  

 

    Ce qui interpelle dans cette enquête, c’est qu’elle tord le cou à des préjugés. L’enquête empirique casse des représentations toutes faites, comme on dit en sociologie. D’abord du côté des « jeunes ».  

 

    La laïcité : un principe républicain prisé des jeunes  

 

    Parmi les cinq principes républicains soumis à l’ensemble des sondés, la laïcité est classée en 2ème position avec 30%, derrière le suffrage universel (41%) et devant la liberté syndicale (12%), la liberté d’association (9%), la libre constitution des partis politiques (8%). Et la laïcité est le seul principe à progresser depuis 2003 : son score passe de 25% à 30%, soit 5 points de plus.  

 

    Dans ce classement, la surprise vient des jeunes. Ce sont les « 15-24 ans » qui attachent le plus d’importance à ce principe de laïcité : 35%, alors que le taux est de 27% pour les « 25-34 ans » et de 30% pour les « 35 ans et plus ». La laïcité n’est donc pas un principe obsolète de vieux qu’il conviendrait de jeter à la poubelle pour s’adresser aux jeunes, pour faire « Jeune » (jeunisme). Au contraire !  

 

    Cette tendance est confirmée ailleurs dans l’enquête. Si 71% des Français disent vouloir maintenir la loi de 1905 telle qu’elle est, cette aspiration est encore plus forte chez les « moins de 35 ans » : 77% contre 68% chez les « 35 ans et plus ». La demande de laïcité progresse donc chez les jeunes.  

 

    A la question « La religion relève de la vie privée et les autorités religieuses ne devraient pas prendre position sur les grands enjeux de société », ce sont encore les « 15-34 ans » qui sont le plus d’accord (80%). Mais les « 35 ans et plus » partagent aussi fortement cet avis : 76%.  

 

    C’est clair : pour les Français la religion relève de la vie privée et la vie en société doit être régie par la République     laïque.  

 

    Si 87% des Français répondent positivement à la proposition « Les religions peuvent créer des tensions au sein de la     société », les « moins de 35 ans » l’affirment encore davantage avec un taux de 90%.  

 

    Au vu de ces résultats, les Français, et les jeunes en particulier, sont acquis à la République laïque et rejettent massivement l’emprise des appareils religieux (les Eglises) sur la vie sociale et le politique. On peut considérer qu’ils refusent tout projet politique d’une théocratie. Ils exigent en somme le primat du politique sur le religieux. Revendiquer l’extension à l’Université de la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux est donc en phase avec les choix des « jeunes ».  

 

    En somme, il faut cesser de confondre la majorité de la jeunesse française avec la poignée de jeunes qui s’agitent très médiatiquement autour des thèses des « Indigènes de la République », de Tariq Ramadan et des jeunes filles voilées de l’islamisme politique ou autour des thèses anti-IVG des intégristes catholiques. Pas étonnant qu’il y ait des discordances entre des leaders politiques et leur électorat.  

 

    Laïcité : quand des leaders politiques divergent avec leur électorat…  

 

    Cette enquête met en évidence que les choix anti-laïques de certains leaders politiques divergent avec leur électorat. En effet les gens proches de la gauche et de la droite classent tous la laïcité comme 2ème principe républicain.  

 

    C’est le cas des personnes proches de l’UMP qui retiennent « la laïcité » à hauteur de 26%, soit seulement à 4 points sous la moyenne des Français. La liquidation de la loi de 1905 par la « laïcité positive », martelée par le président Sarkozy, n’est donc pas conforme aux valeurs de ces électeurs. Est-ce une des raisons de l’abstention de l’électorat UMP aux municipales ? Et de son désamour avec les orientations anti-laïques de N. Sarkozy ? D’autant que 85% de l’électorat UMP considèrent que « les religions peuvent créer des tensions au sein de la société ».  

 

    A gauche, certaines fractions des états-majors auraient intérêt à s’interroger aussi sur leur coupure avec leur électorat.  

 

    Si ce sont les proches du PS qui défendent le plus (80%) « la loi de 1905 telle qu’elle est », les dérives anti-laïques de certains leaders socialistes entrent probablement en compte dans l’abstention de l’électorat socialiste aux municipales. Les horaires de piscines réservés aux femmes voilées (comme à Lille) et les injonctions religieuses dans les cantines scolaires municipales (comme à Lyon) ne peuvent pas être un schéma de pensée facilement accepté par les électeurs socialistes.  

 

    Les proches du PC défendent à 74% la « loi de 1905 telle qu’elle est ». Seulement 9% sont pour la « réformer » : ils sont d’ailleurs les moins nombreux, gauche et droite confondues, à demander la réforme de la loi de 1905. Ils sont donc défavorables à la « laïcité ouverte » défendue par la ligne politique de Marie-Georges Buffet. Les anti-laïques seraient-ils donc sur-représentés au sein de l’appareil du PCF ? D’autant que 69% de cet électorat approuvent la proposition « La religion relève de la vie privée et les autorités religieuses ne devraient pas se positionner sur les grands enjeux de société ». Ceux des députés communistes qui ont refusé de voter la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux à l’Ecole, ne reflètent pas l’énorme majorité de l’électorat communiste. Pas plus que les maires communistes finançant des mosquées.  

 

    C’est encore plus flagrant à l’extrême-gauche ! 78% de leurs proches veulent maintenir la « loi de 1905 telle qu’elle est » et seulement 16% veulent la « réformer » : on peut dire qu’ils sont donc en désaccord avec les thèses islamo-gauchistes, d’autant qu’ils sont ceux des Français qui accordent le plus grand score à la laïcité parmi les cinq principes républicains : 48%, soit 11 points de plus que la moyenne de la gauche et 18 points de plus que la moyenne des Français. Le discours anti-républicain et anti-laïque d’un Olivier Besancenot, d’un José Bové, de certaines directions syndicales constitue probablement un obstacle à un développement populaire du courant anti-libéral et anti-capitaliste en France.  

 

    L’électorat des « Verts » se situe à 64% pour défendre la loi de 1905 contre 72% pour le MoDem. Avec 25% il figure parmi les     plus perméables « pour réformer la loi de 1905 », soit un score semblable à celui du MoDem (24%) et de l’UMP (26%).  

 

    Quelques autres préjugés qui sautent…  

 

    ► Femmes-Hommes :  

 

    Y a-t-il un effet « Sexe, Genre » ? Sur la question de la laïcité, la différence entre les femmes et les hommes est insignifiante : 72% des hommes et 70% des femmes veulent garder la « loi de 1905 telle qu’elle est ». Cette tendance à la similitude de pensée traduit donc une émancipation croissante des femmes par rapport à l’influence religieuse du passé sur leur socialisation. C’est un total démenti au projet politique anti-féministe des islamistes en France ! Ce que ne reflètent pas les propos de nombreux journalistes ou animateurs des médias écrits ou parlés.  

 

    ► Catégories socio-professionnelles :  

 

    On les aurait classés « Bobos » ou « Réacs », or ce sont les « Professions libérales-Cadres supérieurs » qui sont les plus favorables en France à la « loi de 1905 telle qu’elle est » : 77% (selon l’Ifop, le 82% des « Artisans-commerçants » repose sur un effectif interrogé trop petit). Puis viennent les « Professions intermédiaires » (74%), les « Ouvriers » (67%) et les « Employés » (58%). Les retraités (toutes catégories confondues) se situent à 73%, soit deux points au-dessus de la moyenne des Français.  

 

    ► Les catholiques et les autres…  

 

    Les catholiques français : des « intégristes ? Nenni ! Une forte majorité des catholiques (69%) veut conserver la « loi de 1905 telle qu’elle est », ne se différenciant guère ainsi des « Sans religion » (70%). L’enquête montre que 61% des « Autres religions » ont la même attitude, mais ne précise pas les différences selon le protestantisme, le judaïsme et l’islam.  

 

    En somme, cela invite à la nuance et à ne pas confondre laïcité et anti-cléricalisme, ce qui peut être destructeur de l’adhésion massive actuelle à la laïcité en France. D’autant que simultanément 79% des interrogés sont favorables à la proposition « La laïcité doit consister à respecter toutes les croyances et ne doit pas considérer les religions comme un danger, mais comme un atout pour la société », même si dans le même temps 87% tempèrent la formulation de la question en disant que « les religions peuvent créer des tensions au sein de la société ».  

 

    ► Effet de la taille des communes ?  

 

    « L’agglomération parisienne » dit à 63% vouloir conserver la « loi de 1905 telle qu’elle est », soit 6 points de moins que les « Communes rurales (69%), 10 points de moins que les « Communes urbaines de province », mais aussi 8 points de moins que la moyenne française, 14 points de moins que les « Professions libérales-Cadres supérieurs », 15 points de moins que l’extrême-gauche. Quelles hypothèses d’explication avancer ? A creuser par d’autres enquêtes.  

 

    Finalement, que conclure ?  

 

    Que les Français assument tenacement leur histoire politico-religieuse depuis les ruptures successives des rois de France avec les Papes (gallicanisme ou primat du politique sur le religieux), depuis l’Edit de Nantes avec Henri IV, depuis la philosophie des Lumières et la Révolution de 1789, depuis les grands combats républicains du XIXe siècle pour la république, la laïcité, l’Ecole publique obligatoire, donc gratuite, donc laïque. On peut ajouter que le débat et la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l’Ecole ont probablement contribué à refaire prendre conscience que les libertés ne sont pas naturelles, mais qu’elles dépendent de cette conquête qu’est la République laïque.  

 

    En effet « les façons de pensée, d’agir, de se comporter », comme disait le sociologue Emile Durkheim, et même la liberté de choisir sa religion ou de ne pas en avoir ne sont possibles que dans une République laïque. Comme les Français en ont hélas la preuve quotidiennement avec la vision des massacres liés aux guerres inter-religieuses en Orient, au Moyen Orient, en Inde, au Pakistan, en Afrique. Comme le prouvent aussi les exigences obscurantistes croissantes des islamistes en Europe, au Canada, etc. L’attachement des Français à la laïcité procèdent de tout cela : il est une valeur politique incontournable que le Président Sarkozy ne doit pas perdre de vue, même si les institutions européennes l’aident dans cette opération de liquidation du pacte de la République laïque en France.  

 

    Riposte Laïque  

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19 mars 2008

"Réplique au discours de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran"

image_livre_Latran_grand_1_"Le président de la république Nicolas Sarkozy a accepté d’être nommé Chanoine honoraire de Latran, la paroisse du Vatican à Rome. A l’occasion de son intronisation, il a prononcé un discours qui adopte le concept de « laïcité positive » défendu par le pape Benoît XVI. Le ridicule du ton de prédicateur qu’il adopte, les injures et les provocations auxquelles il se livre contre les Lumières, la vision républicaine de l’histoire de France et les maîtres de l’école publique, ne doivent pas faire perdre de vue l’objectif politique qu’il poursuit. Il s’agit de faire entrer la France dans la logique du « choc des civilisations », où les religions définissent les personnes, les sociétés et le système des relations internationales. Pour cela, il veut tourner la page de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. Danger !"
 
 
 

    Jean-Luc Mélenchon, Laïcité. Réplique au discours de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, Editions Bruno Leprince, 2008  

  Le bon de   commande

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15 mars 2008

« Laïcité ouverte » : une notion-piège pour liquider la laïcité

sarkozyquellerepublique2lfPar Pierre Baracca

Cinq ans après la bataille pour obtenir la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes et manifestations religieux dans le Service National Public d’Enseignement (de la maternelle au Bac), une partie du PCF, de la LCR, des syndicats (CGT, FSU, SUD, etc.) et les mouvances associatives qui gravitent autour ( direction du MRAP, de la LDH, etc.) continuent à demander la « Laïcité ouverte », pourtant agitée dès le départ par la direction de l’Eglise catholique, l’UOIF, puis par les Indigènes de la République.

Ces franges de l’Extrême Gauche n’osent pas encore parler de « Laïcité apaisée » ou « positive » comme le Président Sarkozy dont ils disent se démarquer. Pourtant sur cette question, elles convergent avec lui. Il faudra bien un jour que ces membres de l’Extrême Gauche se réveillent pour en finir avec cette notion liberticide de « Laïcité ouverte ».

Rappelons pourquoi la notion de « laïcité ouverte » est une notion-piège.

Prenant acte du rapport de force qui leur était défavorable sur le terrain (plus de 70 % des Français sont favorables à la laïcité) les adversaires de la laïcité ont mis en place une stratégie de contre-offensive fondée sur une notion-piège, un cheval de Troie, « la laïcité ouverte ».

« Ouvert / fermé » : un manipulation idéologique

La notion d’« ouverture » a atterri un jour. Elle n’est pas tombée toute seule du ciel. Elle n’a pas été choisie, lancée et amplifiée au hasard. C’est une machine de guerre, un piège qui fonctionne à l’implicite. Elle a pour finalité de suggérer que qui ne choisit pas l’ouverture de la laïcité est nécessairement pour une laïcité fermée. Le cheval de Troie est en place : l’opposition « ouvert-fermé » est un leurre sémantique présenté comme une donnée évidente, naturelle. Objectif visé : activer des représentations qui incitent à toujours préférer « l’ouvert » au « fermé ». « Ouvert » devant être perçu comme ce qui est « positif » et « fermé » comme le « négatif ». Cette stratégie cherche à culpabiliser le récepteur en lui faisant activer par lui-même des représentations négatives liées à « fermé ». Ainsi « fermé » renvoie à l’esprit fermé, à la personne repliée sur elle-même, à l’étroitesse d’esprit, à l’attachement étroit au passé, au rejet du nouveau et de la modernité, au refus de la discussion, à l’autoritarisme, etc. Simultanément, ce processus incite à penser par soi-même que celui qui choisit la « laïcité ouverte » a nécessairement esprit large, intelligence, générosité, altruisme et défend La Liberté et La Modernité. C’est une manipulation idéologique.

En effet en Allemagne de 1933, liberté et progrès rimaient avec « être fermé au nazisme », alors qu’y être « ouvert » signifiait y adhérer. Hitler était un aspect de la modernité en 1933 comme fut moderne la bombe atomique à Hiroshima le 6 août 1945. La nationalisation des entreprises d’électricité et de gaz pour former EDF-GDF fut moderne en 1946, comme le serait aujourd’hui leur privatisation, c’est à dire leur restitution à la bourgeoisie camouflée en « capitaux privés ». Moderne n’est pas synonyme de progrès social, mais signifie tout simplement actuel, récent. Donc la modernité peut être réactionnaire ou progressiste. Ainsi donner à croire que la « laïcité ouverte » est La Modernité ne signifie nullement qu’elle soit un choix politique progressiste.

D’ailleurs parler de « liberté ouverte » ou « fermée » a-t-il un sens ? Que cache la notion de « laïcité ouverte » ?

Quand « ouvrir » signifie « liquider »

La notion d’ouverture est l’outil qu’utilise le camp hétéroclite des adversaires de la laïcité, pour arriver à ses fins : le retour du religieux dans l’espace public, c’est à dire la possibilité pour les Eglises de façonner officiellement les décisions politiques, les lois, donc le droit (le primat du religieux sur le politique). En un mot, c’est l’actuelle séparation de l’Etat et des Eglises qui est visée. D’aucuns ont donc bel et bien un projet politique pour revenir sur la loi de 1905 : cf. par exemple les discours de Saint Jean de Latran (Rome) et de Riyad (Arabie saoudite)du Président Sarkozy.

Evidemment les adversaires de la laïcité n’osent pas encore demander clairement la suppression de la loi de 1905, c’est à dire l’abolition de la séparation de l’Etat et des Eglises et le retour à avant 1905. Pour pouvoir la demander, il leur faut préparer l’opinion des français en lui faisant accepter des reculs successifs. C’est la fonction de la notion d’« ouverture » de la laïcité. « Ouvrons ! Diluons !, se disent les anti-laïques, il finira bien par ne rien rester ! ». Ouvrir la laïcité signifie donc la liquider.

Et c’est sous couvert de liberté, de droit à la différence et de générosité que ce choix politique est introduit.

Quand la différence signifie l’inégalité

La stratégie de l’ouverture consiste à diluer la laïcité en manipulant une représentation : « la liberté d’être différent ». L’opération idéologique consiste à brouiller les niveaux par amalgame. Comment ? En entretenant sciemment la confusion entre, d’une part, le désir légitime de chaque individu à s’épanouir en cultivant sa singularité personnelle et, d’autre part, la possibilité pour des communautés de fonctionner selon leurs valeurs, leurs normes propres et de les imposer à leurs membres. La notion de « droit à la différence » a été forgée pour entretenir cette confusion entre ces deux niveaux.

Car, en France, depuis la Révolution, les individus ne naissent plus différents juridiquement, donc inégaux juridiquement (socialement, c’est encore toujours un combat d’actualité !). Les trois ordres qui marquaient la différence juridique entre les individus ont été abolis en 1789. La différence juridique, c’était la supériorité des privilégiés (le Clergé, la Noblesse) sur les non-privilégiés, les roturiers (le Tiers-Etat), soit environ 97% de la population. Le droit à la différence juridique de naissance, c’est à dire la différence des droits, a été remplacé par l’égalité juridique : « tous les citoyens naissent libres et égaux en droit et en devoir ». Cela signifie que les lois et le droit sont communs à l’ensemble des individus français. C’est ce qui en fait des citoyens qui peuvent vivre ensemble selon des lois communes qu’ils décident à travers les processus politiques. La laïcité garantit ces lois communes.

En effet la laïcité garantit des libertés (« La Liberté », selon la représentation courante) à tous les citoyens en empêchant que les valeurs et les normes d’une communauté soient imposées à l’ensemble des individus. En séparant le politique du religieux, en faisant du religieux une affaire domestique (à la maison), la laïcité libère des régimes politiques de droit divin. Le roi de droit divin qui n’a de compte à rendre qu’à Dieu : les Français n’en veulent plus ! Comme ils ne veulent pas plus d’une République catholique (cf. l’inégalité juridique actuelle des femmes en Irlande ou en Pologne), d’une République protestante (cf. la dictature de Calvin à Genève qui fit brûler l’opposant Michel Servet en 1553), d’une République juive ou d’une République Islamique. Les théocraties : les Français disent « Non, merci ! ».

« Ouvrir », « diluer », « positiver » la laïcité c’est réintroduire l’emprise du religieux sur le politique. C’est « ouvrir » la porte au retour de la différence des droits et du droit, c’est restaurer l’inégalité juridique. En premier lieu l’inégalité des femmes par rapport aux hommes, avec son cortège de formes de discrimination, d’infériorisation, de domination masculine (du voile aux salaires inférieurs, via le contrôle de leur corps). Se profile ensuite la remise en cause de la mixité sexuelle dans l’espace public : à l’école, à la piscine, à l’hôpital, et pourquoi pas au cinéma, au restaurant, à la crèche, dans l’autobus, au travail, etc. C’est donc l’imposition d’un projet politique machiste pour les hommes. « Ouvrir » la laïcité signifie aussi créer des ghettos communautaires qui, eux, sont bien fermés comme des prisons pour leurs membres. En effet c’est fractionner la société en autant de communautés ghettoïsées fonctionnant de plus en plus sur leurs lois spécifiques, puisqu’il n’y a plus ni lois communes possibles, ni égalité juridique entre l’ensemble des citoyens. Ghettos allant de la maternité au cimetière avec des carrés en fonction de l’appartenance religieuse, etc. Qui a intérêt à ce projet politique ?

Qui a intérêt à liquider la laïcité ?

Les offensives en cours sont multiformes parce qu’elles sont portées par des acteurs divers.

D’abord du côté des Eglises, certains rêvent de la suppression de la loi de 1905 et d’une restauration du rôle politique des Eglises. Ainsi, par exemple, le 4 novembre 2004, à l’assemblée plénière des évêques à Lourdes, d’aucuns ont déploré qu’il n’y ait pas de « place pour une manifestation d’une religion dans l’espace public ». L’UOIF ne cesse de demander la même chose depuis bien avant la création du CFCM. De multiples associations intégristes de toutes les obédiences religieuses font du travail de terrain, des actions de lobbying auprès des instances politiques, administratives, médiatiques, culturelles. Mais d’autres associations, religieuses ou non, contribuent à ce travail en défendant la laïcité ouverte (cf. la ligne officielle du MRAP, de la LDH, etc.). Des élus, candidats aux élections municipales de 2008, n’ont-ils pas accepté de participer à des assemblées religieuses pour éprouver leur programme politique aux valeurs religieuses ? Ici, on est déjà retourné avant 1905 ! Au primat du religieux sur le politique.

Parallèlement, des partisans du libéralisme économique et du capitalisme mondialisé, dont le président Sarkozy, ont imaginé qu’une société française fractionnée en communautés ethniques et religieuses permettrait de liquider plus rapidement les acquis sociaux que le mouvement ouvrier avait imposé au patronat à la Libération. La Sécurité sociale, le système des retraites, l’Ecole publique, les services publics ne fonctionnent-ils pas sur le principe de solidarité, donc d’égalité des citoyens ? On commence par le droit à la différence, puis on enchaîne avec la laïcité ouverte et on débouche sur… Je vous laisse formuler la suite !

Dans quel intérêt des franges de l’Extrême Gauche peuvent-elles encore continuer à militer pour la « laïcité ouverte », « apaisée » ou « positive » et, ce, en pleine convergence avec le Président Sarkozy et la politique du gouvernement « W. W. Bush » ?

Riposte Laïque

Posté par laicard à 14:52 - Tribunes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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