Humanisme Laïque

Pour la Liberté, l'Egalité, la Fraternité & la Laïcité

27 avril 2008

Sarkozy veut en finir avec la laïcité. Aux armes, citoyens !

    659Par Guylain Chevrier  

 

   
 

 

    Le 9 avril dernier, à l’initiative du Président de la République, un comité de réflexion sur le Préambule de la Constitution a été créé par décret. Il est chargé, conformément à ce qu’expose la lettre présidentielle annexée à celui-ci, d’étudier dans quelle mesure, les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des principes nouveaux. Le comité peut entendre ou consulter toute personne de son choix. Mme Simone Veil, ancien membre du Conseil constitutionnel, ancien ministre d’Etat, a été nommée présidente du comité ainsi institué, sorte de caution morale à cette démarche. Il remettra son rapport au Président de la République avant le 30 juin 2008.  

 

    Lors de la conférence du 8 janvier dernier au cours de laquelle il avait présenté ses vœux à la presse, le Président Sarkozy avait affirmé son intention de « réformer » le préambule de la Constitution de 1958 afin d’intégrer de nouveaux droits, affirmant qu’il apporterait en 2008 un changement « en profondeur » en France, dans le prolongement de ce qu’il nomme « la politique de civilisation ». Dans la lettre annexée au décret, le Président Sarkozy interroge : « Doit-on permettre au législateur de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique ? Y a-t-il des principes directeurs sur lesquels il conviendrait de fonder, au-delà de l’évolution des techniques, notre approche des problèmes liés à la bioéthique ? Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? » Il évoque « l’ancrage européen de la République » ou encore que, « la Charte européenne des droits fondamentaux, doit en outre être pris en considération. »…  

 

    Que cherche donc Sarkozy à travers ce qui semble à la fois un éloge de l’égalité et de la diversité, sorte de paradoxe dont il a le secret ? L’égalité homme-femme réduite à la logique de la parité Lorsqu’il nous parle de garantir l’égalité homme-femme, pour enchaîner la justification de l’introduction du principe de diversité dans le Préambule de la Constitution qui pourrait être réécrit, il y a une manœuvre qui s’attaque en réalité d’emblée au principe d’égalité.  

 

    Il nous parle de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique, en fait d’égalité il fait directement référence à l’élargissement d’une logique de la parité à d’autres secteurs de la vie nationale, comme l’entreprise… Parler d ‘égalité en en fondant la démarche sur la parité, c’est réduire cette première à une mise en concurrence des sexes, au lieu de promouvoir un projet commun aux hommes et aux femmes et non un combat d’un genre contre l’autre.  

 

    La dynamique de l’égalité entre hommes et femmes qui a été un facteur important de libération pour toute la société et d’amélioration de la condition du grand nombre, est remplacé par la mise en concurrence des genres qui vise au remplacement des hommes par des femmes dans les mêmes carrières, et il y a fort à parier que cela ne changera rien au système, mieux, cela le justifiera un peu plus comme le seul qui vaille.  

 

    L’avantage de cette logique pour l’architecte qui est à l’œuvre ici, est de proposer une égalité par la mise en concurrence des sexes s’identifiant avec la mise en concurrence des individus, dans un système libéral qui s’en régal. Une promotion des femmes se faisant sur ce mode ne risque en rien d’être porteuse d’une promotion de l’égalité pour tous. On relèvera ici que la logique de l’égalité à laquelle se réfère les propos du Président Sarkozy relève en réalité d’une logique de la parité qui ouvre la porte au principe de diversité, car c’est la différence entre hommes et femmes qui est ici cultivée, les genres implicitement considérés comme des communautés distinctes et concurrentes, au lieu de l’interchangeabilité des droits qui fondent l’égalité et avec elle la communauté de la nation.  

 

    Le principe de diversité contre l’égalité et les Droits de l’homme  

 

    Il s’en suit une promotion du principe de diversité qui, sous prétexte de prendre en compte des évolutions de la société, telle que le développement qu’à connu l’immigration en France depuis la seconde moitié du vingtième siècle, entend donner une reconnaissance aux différences de cultures et de religions, constitutionnalisant le principe des communautés, et piétinant par la même le principe d’égalité.  

 

    Sous couvert de faire justice à des minorités culturelles ou religieuses en les rendant visibles à travers une reconnaissance en droits, on s’attaque aux droits inaliénables de l’individu tels qu’énoncer dans la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen, avec lesquelles cette logique très sarkozienne entre ouvertement en conflit.  

 

    C’est pour Sarkozy, donner un signe de bonne volonté aux chantres des revendications communautaristes, c’est aussi par là-même, à la fois, avancer dans le sens d’une France formatée sur le modèle anglo-saxon de la juxtaposition de communautés en lieu et place du peuple, de sa souveraineté politique, et développer une logique clientéliste de la politique qui fasse de la démocratie un instrument de gouvernement et de confiscation du pouvoir. C’est à un essor des communautarismes à quoi incite l’affirmation de ce principe de diversité parallèlement aux Droits de l’homme. C’est une façon d’encourager un islam, qui est au premier plan de la dynamique communautaire en France, à refuser d’évoluer, de s’adapter à la condition moderne de l’individu et de ses libertés, de « s’historiciser ».  

 

    C’est induire le risque que demain, le respect de ce principe constitutionnel de diversité puisse voir des tribunaux condamner pour discrimination ceux qui défendront l’égalité contre les pratiques communautaires parfois moyenâgeuses. Mais lorsque l’on sait que la liberté de conscience, qui se réfère au choix d’avoir une croyance ou pas, n’est rien sans la liberté de pensée mise ici à mal dans sa nature même, il y a fort à craindre que ce soit à terme la démocratie elle-même qui se trouve en péril derrière les faux-semblants de nouvelles libertés privatives se rapportant à la reconnaissance d’un droit à la diversité. On imagine comment la liberté d’expression peut être mise en péril dans cette évolution, le poids d’une censure et d’une autocensure assassinant le droit à la critique.  

 

    Une adaptation de notre Constitution à une mondialisation contre les peuples  

 

    Mais finalement, cette évolution voulue du préambule de notre constitution est en parfaite cohérence avec d’autres évolutions auxquelles on entend qu’elle d’adosse. La remis en cause de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat par la reconnaissance du financement public des lieux de culte sous prétexte d’égalité de traitement entre les religions, la mise en conformité de la France avec une Constitution européenne récemment adoptée par un passage en force qui contient la Charte des droits fondamentaux mettant le droit des minorités sur le même plan que les Droits de l’homme, la nouvelle Déclaration universelle des droits de l’homme en train d’être concoctée par l’ONU qui consacre une conception des droits de l’homme inscrite dans la logique des minorités ethniques et des cultures, des droits de dieu valant pour droits de l’homme. Autant d’aspects qui nient l’idée de nation dans le cadre desquelles les peuples ont leurs repères et peuvent se défendre, dont il est question de faire table rase au nom du principe de diversité pour faire place net au marché comme continent-monde piétinant les droits et les acquis universels des hommes.  

 

    La laïcité, à porter au-dessus de toutes les différences ce bien commun de l’interchangeabilité des droits, de la citoyenneté, des libertés communes, protège la démocratie contre les intérêts partisans des corps intermédiaires tels que les religions ou les communautés ethniques, et en même temps protègent celles-ci dans leurs libertés contre l’hégémonie de l’une sur les autres. Il y a tout à craindre que, une fois que cette diversité aurait battu en brèche la République en s’unissant contre elle, elle s’entredéchire dans un combat fratricide pour notre société, justifiant d’un côté jusqu’au pire des Etats policiers, et de l’autre, une séparation d’isolement des communautés parquées dans des quartiers, laissant libre cours au tribalisme et à l’intégrisme, livrant les femmes aux pires soumissions, et la fraternité passée au pilori.  

 

    C’est une guerre déclarée ici au peuple qui se prépare, qui ne sera nullement sollicité pour donner son avis dans ce changement de sens de notre constitution, de notre République, dont la moindre virgule devrait donner lieu à un référendum. On ne laissera pas le loisir à quiconque d’autres que ceux qui, à droite comme à gauche, sont pour la même mondialisation, de définir comment doit s’écrire le monde selon Monsieur Profit.  

 

    Le concept de diversité au service du règne sans partage des riches  

 

    Sur le modèle économique qui lui est cher, et qu’il exposait aussi lors de la conférence du 8 janvier, il promettait d’introduire « plus d’équité » dans le système économique, entendant faire profiter également les salariés des succès des entreprises, de promouvoir un capitalisme « d’entrepreneurs », un « capitalisme familial »… En réalité, il s’agit bien dans le lignage de ce capitalisme ultra individualiste tout azimut, de cultivé toutes les formes de divisions, sous couvert de diversité, appliquant le fameux principe, diviser pour régner. On voit encore ici comment le capitalisme a étroitement partie liée avec le communautarisme, comment la laïcité est son ennemi mortel. Car seul un peuple qui n’en est plus un, parce que brisé en communautés de droits concurrentes, au non d’un principe de diversité qui enterre l’égalité, est supportable pour ceux qui entendent reproduire les conditions d’une société où l’enrichissement de quelques-uns uns se fait sur l’appauvrissement du grand nombre, où se creuse le fossé entre riches et pauvres.  

 

    Monsieur Sarkozy attribue à une politique de civilisation d’on ne sait d’où sortie dans l’histoire, et dont il serait le continuateur, les acquis de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la laïcité, le droit du travail, les congés payés, les services publics…Non ! Ce furent des conquêtes acquises de hautes luttes contre ceux avec lesquels il se trouve en filiation, rien qui ne vint sans que des révolutions poussent dans le sens de plus d’égalité sociale et politique, sans quoi nous ne serions même pas sous le drapeau de la République !  

 

    Aux armes citoyens !  

 

    En réalité, ce qui nous est présenté comme une adaptation moderne à des évolutions de notre société à travers cette promotion du concept de diversité est une fin en règle de la laïcité, un grand retour aux corps intermédiaires que la Révolution française avait balayé avec l’établissement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est à une « marche arrière toute » de l’histoire à quoi nous invite en réalité ici le Président Sarkozy en livrant ainsi la société française au communautarisme dans un seul but, assurer la division du peuple pour déposséder les hommes de leur volonté commune et par la-même, de leur liberté d’écrire ensemble leur destin. Aux armes citoyens !

Riposte Laïque

 

Posté par laicard à 01:09 - Tribunes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Sarko veut en finir avec la laïcité.

Certains droits de l'Homme ne sont-ils pas prioritaires ?

La Déclaration des Droits de l'Homme de 1948 constitue certes une généreuse déclaration d'intentions humanistes, mais 60 ans plus tard, certains de ses articles restent théoriques, symboliques, inappliqués, voire contradictoires ! Selon l'art.18, « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ». Mais avant de prétendre garantir la liberté d’exprimer sa religion, ne faudrait-il pas d’abord garantir la liberté d'en avoir une ou de ne pas en avoir ?

Or c'est loin d'être le cas puisque, comme en témoignent des sociologues, des psychologues et des neurophysiologistes, l'éducation religieuse précoce et unilatérale, à l'origine de la foi, laisse des traces indélébiles dans le cerveau émotionnel et influence, à des degrés divers, le cerveau rationnel et donc l'esprit critique ultérieur, indépendamment de l'intelligence et de l'intellect, du moins dès qu'il est question de religion ...

Selon l'art. 7, « L'enfant doit bénéficier d'une éducation qui contribue à sa culture générale et qui lui permette (...) de développer ses facultés, son jugement personnel, son sens des responsabilités morales et sociales (...). Cette responsabilité incombe en priorité aux parents », et, (art,26 /3,) : « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants ». Mais (art.2), « l'intérêt supérieur de l'enfant doit être la considération déterminante » !

A mes yeux, cela implique d'abord que les parents croyants, quoi qu'ils en pensent, ne sont pas les seuls à pouvoir juger de « l'intérêt supérieur » de leur enfant, et qu'ils devraient se demander si, de nos jours, ils ont encore moralement le droit de continuer à donner à leur enfant la même éducation que celle qu'ils ont reçue. Cela implique aussi que pour « choisir le genre d'éducation à (leur) donner », il faudrait qu'ils aient une connaissance préalable et suffisante des alternatives éducatives en présence, ce qui n'est pas le cas actuellement. Sans doute en raison des traditions religieuses, de l'occultation organisée par les religions, de leur vocation évangélisatrice, mais aussi du fait que la laïcité philosophique répugne à tout prosélytisme ...

Certes, l'Etat belge a une obligation de neutralité : l'art.24 § 1 de la Constitution précise que « la neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des enfants ». Mais, en même temps, l'Etat est sensé « garantir la liberté de conscience et de religion ». Celle-ci devrait précéder et avoir priorité sur celui-là !

Pourtant, alors que la religion est une affaire privée, l'Etat autorise qu'elle soit enseignée (pas seulement intellectuellement), même dans le réseau officiel, et il accepte aussi que le « pacte scolaire », pourtant quinquagénaire, ne soit pas remis en question.
Ainsi persiste un enseignement confessionnel, obsolète, élitiste et inégalitaire, alors qu'à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, il faudrait évidemment actualiser le projet d'' « école pluraliste », au frigo depuis 34 ans, et ensuite fusionner les réseaux, ne fût-ce que pour des raisons économiques !

Entre-temps, sans se départir de la neutralité que lui impose la Constitution (art.24), l'Etat (la Communauté) pourrait au moins organiser, me semble-t-il, une information objective et non prosélyte à propos, par exemple, des différences qui existent entre morale confessionnelle et morale non confessionnelle. Une telle information, minimale concernant les religions, et ce qu'elles ont en commun (la soumission et non l'autonomie) jouxterait ainsi celle relative aux fondements, aux principes, aux valeurs, aux options et aux objectifs de l'humanisme laïque.
Cela réduirait les inégalités socioculturelles actuelles.

En s'abstenant d'y pourvoir (mais le lui a-t-on jamais demandé ?), non seulement l'Etat ne respecte pas l'art.24 § 1 de la Constitution : « La Communauté organise un enseignement qui est neutre », mais il favorise au contraire le communautarisme religieux et idéologique, plutôt que l' émancipation des individus, et il ne permet pas à chacun de choisir en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, de croire ou de ne pas croire, ce qu'il est sensé garantir ...

Face aux tentatives de réinvestissement des consciences, de re-confessionnalisation de l'espace public et de néo-cléricalisme politique, depuis Jean-Paul II et Benoît XVI, Sarkozy 1er ..., ne faudrait-il pas organiser enfin un véritable débat national et oser repenser, dans l’intérêt supérieur de l’enfant, certaines notions fondamentales telles que la neutralité de l'Etat, la liberté constitutionnelle d'enseignement, la transmission des valeurs, les limites de la tolérance vis-à-vis des prétentions des religions à imposer leurs vérités, qu'il s'agisse de celles du catholicisme, du christianisme évangélique, du judaïsme, de l'islamisme ou des sectes ?

Ne serait-il pas urgent enfin que l'Etat belge, si du moins il survit à la crise communautaire actuelle, commence par inscrire la laïcité politique dans sa Constitution, à l'instar de la France ?

Michel THYS Waterloo
michelthys@tele2allin.be

Posté par mithys, 15 décembre 2008 à 12:41

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