Humanisme Laïque

Pour la Liberté, l'Egalité, la Fraternité & la Laïcité

04 mai 2009

Durban 2 n’est pas un match nul, c’est une défaite des droits de l’Homme face au fascisme islamique

_090420_durban_IICaroline Fourest nous disait en mars dernier qu’il ne fallait pas « déserter » Durban II pour donner sa chance au multilatéralisme, espérant des compromis vis-à-vis d’un cadre qu’avait posé Durban I, extrêmement inquiétant pourtant, comme elle en rappelait elle-même les termes : « Le texte insiste sur la traite transatlantique, dans l’espoir d’obtenir des réparations financières, au risque d’esquiver la responsabilité de certains négriers noirs ou arabes. Il parle d’”islamophobie”, au risque de confondre la lutte contre le racisme avec une lutte contre le blasphème. Sans dire un mot des minorités religieuses opprimées dans les pays musulmans au nom de la charia. Israël est le seul pays cité. Comme si la mort de civils palestiniens relevait du racisme et non de crimes de guerre liés à un conflit territorial. Il ne dit rien des chasses aux homosexuels au Sénégal, ni de leur pendaison en Iran. La plupart des ajouts proposés par le Mouvement des non-alignés, l’Union africaine et le groupe des pays musulmans visent à aggraver ce texte. Ils insistent notamment pour élargir la lutte contre le racisme à la “diffamation des religions”. Ce qui reviendrait à mettre les droits de l’homme au service de la protection des religions, au détriment de la liberté d’expression. » Une situation qu’elle disait inacceptable, ce sur quoi nous ne pouvons que la rejoindre mais pour conclure différemment d’elle, qu’aucun compromis n’était possible avec les valeurs et les idées exposées-là !

Ce n’est pas un match nul, c’est une grave défaite pour les droits de l’homme !

« Durban II n’est ni un succès ni un échec, mais un match nul » nous dit-elle, ce qui justifierait a posteriori de penser qu’il était juste et nécessaire de ne pas pratiquer ce qu’elle appelle « la politique de la chaise vide ». Boycotter selon elle « revenait à déserter ». « Participer a permis d’obtenir un meilleur texte qu’à “Durban I” » surenchérit-elle. Affirmant un peu vite qu’il n’y a pas de référence à la “diffamation des religions”, sans focalisation sur Israël et qu’on aurait écarté les rêves de ceux qui entendent « transformer la lutte contre le racisme en lutte contre le blasphème ». Mais c’est faux ! Vu de Paris, elle regrette que cet accord puisse « paraître décevant » allant même jusqu’à dire que « vu de Genève, où l’on sait combien le rapport de force est défavorable aux pays démocratiques, on serait tenté de crier victoire. » En fait, ce texte est une véritable catastrophe pour les droits de l’Homme et la défense des libertés.

Dans le paragraphe 12, elle nous dit qu’il faudra rester vigilant, modérant ce qu’il décline, une énumération des discriminations qui pose pourtant plus d’un problème puisque qu’elle met sur le même plan : ”islamophobie, antisémitisme, anti-arabisme” qui précisément entérine par là que le racisme envers les musulmans ou les Arabes relève d’un racisme antireligieux et donc revient à assimiler cette définition du racisme avec la diffamation des religions.… On connait l’usage qui est fait de la notion d’islamophobie qui revient à interdire la critique de l’islam, sans compter avec la notion d’anti-arabisme qui renforce combien encore les choses selon la même logique.

Enfin, c’est aussi directement détourner le concept d’antisémitisme de son sens que d’y assimiler celui d’islamophobie, car les sémites sont un peuple et l’islam une religion, instrumentalisant par là le combat contre le racisme à des fin de propagande religieuse. Ce retournement de sens est une autre façon de piéger le débat autour du conflit israélo-palestinien qui permet au Hamas de se présenter en victime d’un racisme venu d’Israël, déportant un débat au fond qui est celui de la prise du pouvoir politique par une religion à des fins d’interdiction des libertés des Palestiniens eux-mêmes au nom de la grande cause, sur le terrain des discriminations. Sans compter avec l’impossibilité de faire entrer dans le texte la reconnaissance de la non-discrimination de l’homosexualité, pour ne pas dire la non-criminalisation, qui est un autre point noir de Durban II. Un bilan honteux !

Il ne fallait pas y aller pour aider les Palestiniens et les musulmans du monde à s’émanciper de la domination fascisante d’un islam politico-religieux !

Ce texte est ainsi tout simplement une porte ouverte à la limitation de la liberté d’expression, à son oppression dans les pays qui s’en serviront, les dictatures religieuses liberticides et criminelles d’inspiration islamique, pour combattre sur leur territoire sans en être inquiétées toutes forces progressistes, toutes oppositions. De plus ainsi, c’est les mettre en position de défendre cette logique inique sur la scène internationale en toute tranquillité. Comment peut-on ensuite saluer ce texte « comme la meilleure réponse possible au discours du président iranien. », ce pourvoyeur du fascisme-politico-religieux qui peut au contraire continuer de se produire sans conteste dans les réunions internationales pour tenir le même discours, qui n’a rien à envier à ceux d’un national-socialisme heureusement défunt, puisque aucune sanction n’a été avancée contre ce qu’il représente et ce qu’il clame !

La désignation d’Israël comme l’ennemi à abattre est un bouc-émissaire mis au service d’une cause qui est celle de la justification du crime contre les libertés érigée en statut du pouvoir des Etats opprimant, au nom de l’islam, leurs peuples. Le vrai combat pour la paix passe par un règlement pacifique entre Israël et l’autorité palestinienne, sur des bases laïques et non religieuses, ou ce conflit ne trouvera jamais de l’un et de l’autre côté à se résoudre. Car les Palestiniens doivent pouvoir accéder à un Etat libre, indépendant et démocratique. C’est un enjeu essentiel pour la paix du monde et une cause juste qu’il faut défendre, mais contre le pouvoir des religions sur la politique. Il ne fallait pas non plus aller à Durban II pour bien défendre ce combat là !

L’islam est une religion imposant une domination fascisante du religieux sur le politique dans sa conception même, qui est loin d’avoir fait son aggiornamento de ce point de vue et refuse actuellement toute laïcisation à travers le rejet des droits de l’Homme et de l’égalité homme-femme dont l’extension du voile est le marqueur. Si l’on veut faire barrage au fascisme politico-religieux de l’islam de combat - dont la tendance est dominante dans les pays musulmans aujourd’hui et de très mauvaise influence pour les musulmans du monde vivant dans les pays démocratiques - il faut en décliner clairement le rejet et le désigner comme un ennemi qui est à la hauteur historique du danger qu’à constitué le nazisme, de ce serpent de Brecht dont il nous disait de veiller car il ne dort toujours que d’un œil, d’une mue à l’autre.

L’initiative donnée aux pays les plus liberticides au monde au nom de l’islam !

Mépriser cette négociation de Durban II n’aurait pas permis selon elle « d’expliquer au monde la position de l’Union européenne ». Mais l’Union Européenne n’est-elle pas, en Europe déjà dans l’encouragement de la place des religions comme interlocuteur des Etats et d’elle-même, pour toutes les grandes décisions politiques, encourageant le communautarisme, avec une place toute particulière faite à l’islam dans ce jeu où l’égalité de traitement des religions a pris le pas sur la laïcité. Caroline Fourest parle de la préservation de l’universalisme dans la perspective de renégocier un jour cette plate-forme… Mais c’est de l’inconscience ou de l’aveuglement !

A tous points de vue, ceux qui sont allés à Genève, ont contribué, par leur présence, à maintenir Durban II sur les rangs d’une réunion internationale sur les droits de l’Homme respectable, alors qu’il fallait laisser entre elles les dictatures pour mieux les montrer du doigt telles qu’elles sont et les isoler. C’était la seule façon de faire repartir sur des bases saines la lutte contre le racisme et pour les droits de l’homme à l’ONU. Ici on n’a fait que justifier de continuer dans le même processus catastrophique avec les mêmes.

C’est le fameux thème de l’unité dans la diversité qui a gagné, qui est présenté comme une richesse et n’est qu’un leurre qui justifie le maintien d’une situation où à l’ONU dominent les pays antidémocratiques qui accusent ceux qui sont démocratiques d’être un danger pour leur indépendance et leur culture, rejetant en fait derrière cet argument que soient appliqués partout les mêmes droits et libertés individuelles. Une situation qui a bien servi avec Durban II à ne poser à aucun moment la vraie question : la mise en cause des dictatures religieuses, des pouvoirs absolus et liberticides qui se dissimulent derrière ce concept de diversité, de gens qui eux mènent chaque jour leur guerre de civilisations en gagnant contre les démocraties des positions…

C’est sur ce combat là que nous sommes en retard, dont nous ne prenons pas la hauteur, non pour mener une guerre de civilisations sur une base religieuse, mais en posant clairement les dangers de cette volonté guerrière de certains pays animés par l’islam pur et dur, jusque certaines factions très actives dans notre pays, interlocuteurs privilégiés de notre Etat républicain. Sans ce combat pour une prise de conscience collective de ces dangers, nous livrons les peuples démocratiques à subir des reculs de libertés au nom des mêmes principes religieux d’un Ahmadinejad, portés par un communautarisme complice qui comme en France poursuit à l’abri de la bienpensance de bien des élites y compris laïque, son chemin.

Durban II, c’était historiquement là pour les laïques qu’il ne fallait pas en être !

Nous avions mille fois raison lorsque nous expliquions qu’il ne fallait par aller à Durban II, pour donner à ceux qui ont transformé la lutte contre le racisme en mascarade une occasion de se servir d’une tribune pour cracher sur les droits de l’homme avec le crédit de la présence de la France.

Car sur le fond, on voit bien que l’enjeu n’est plus la recherche de compromis avec des pays qui pratiques la charia et la dictature, qui demandent que l’on criminalise ce qu’il appelle « la diffamation des religions , » entendent ainsi faire interdire le droit à la libre expression et à la critique, rejettent les droits de l’Homme derrière l’argument selon lequel il serait une forme poste-coloniale de la domination de l’Occident, pour mieux continuer chez eux à opprimer les libertés et anéantir ceux qui s’opposent à leurs régimes ignobles. Il n’y a pas de compromis avec ces gens là ! Il faut les combattre ouvertement en les mettant au ban des nations, pour clarifier un combat dont le jeu est brouillé en raison précisément de la présence de certains, qui comme Caroline Fourest son venus donner un crédit inespéré à des tyrans.

Le compromis du texte cadre qui y a été adopté, de façon extrêmement dangereuse, contribue à jeter un voile sur le danger mortel, physique que courent tous les démocrates qui dans ces pays espèrent que les pays démocratiques les aideront par une attitude de dénonciation sans concession, à se libérer des dictatures religieuses qui au nom de l’islam, du respect des croyances, les oppriment, les tuent.

Guylain Chevrier

Riposte Laïque

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03 avril 2009

Adieu "fraternité", bonjour "diversité" !

124548554D'ici une une dizaine de jours, Yazid Sabeg, le nouveau commissaire « à la Diversité et à l’Egalité des chances », proposera officiellement à Nicolas Sarkozy de soumettre au Parlement un projet de loi « visant à rendre licite la mesure de la diversité ».


Il s’agirait concrètement, au nom de la lutte contre les discriminations, d’autoriser des « statistiques ethniques ». Même si Yazid Sabeg, conscient de toucher ici à un sujet particulièrement brûlant, a tenu à préciser que les enquêtes se fonderaient, non pas sur des critères objectifs (couleur de peau, patronymes), mais sur des critères subjectifs (le sentiment d’appartenance à une communauté). « Il s’agit de demander aux personnes comment elles se définissent, ce qu’elles ressentent » déclare-t-il ainsi. Qui plus est, ces enquêtes, dont il a confié le soin à une commission d’en élaborer les modalités, se baseraient sur le volontariat et l’anonymat.


Des statistiques ethniques préludes au règne des ethnies


Si Yazid Sabeg se veut rassurant, et se garde bien de parler de « statistiques ethniques », c’est bien de cela qu’il s’agit. Repérer et distinguer aux yeux de la loi des individus à raison d’une appartenance ethnique, qu’elle soit réelle ou ressentie, revient au même danger : celui de tuer une communauté nationale qui ne connaît et ne reconnaît que des citoyens, tous égaux devant la loi, passant outre les origines et les différences de chacun. Une communauté remplacée par une multitude de tribus et d’ethnies dans lesquels les citoyens sont désormais priés de se ranger, prisonniers qu’ils sont de leurs origines et de leurs faciès.


La distinction des citoyens en fonction de communautés, réelle ou supposée, est quoiqu’il en soit un non-sens dans le cadre d’une lutte contre les discriminations. Comment peut-on sérieusement croire qu’on peut lutter contre des facteurs discriminants en officialisant ceux-ci via des statistiques ethniques ? Comment peut-on sérieusement croire qu’on rendra les citoyens égaux si l’on ne cesse de pointer leurs origines et leurs faciès, et de les encourager à se définir seulement vis-à-vis d’eux ? Comment, enfin, ne pas craindre que de s’appuyer sur des « ressentis » galvanisera une victimisation dont les groupuscules ethnicistes savent si bien exploiter ?


C’est à ce jeu dangereux auquel s’adonne Monsieur Sabeg, alors même qu’il est prouvé que les statistiques ethniques, par exemple aux Etats-Unis, n’ont jamais permis de gros progrès dans la lutte contre les discriminations. Pas plus que la « discrimination positive », son corollaire, dont Yazid Sabeg est un chaud partisan.


La discrimination positive ou l’obsession raciale contre la méritocratie


Une « discrimination positive » elle aussi à l’ordre du jour en France, impulsée par un Président qui promettait de redonner des couleurs à la méritocratie. En régime méritocratique, si la couleur de la peau et/ou les origines ne devraient pas être un handicap, elles ne devraient non plus jamais être un avantage acquis, un accélérateur social, comme dans le cas de la « discrimination positive ». Dans les deux cas, c’est offrir à ces facteurs discriminants un rôle décisif. Et il est de bon sens de penser que de donner une promotion ou un avantage à quelqu’un parce qu’il est noir, arabe ou autre, c’est le refuser à un autre parce qu’il ne l’est pas.


Derrière ces prétendues luttes contre les discriminations, derrière cette promotion tous azimuts de la sainte « diversité », se cachent en réalité des velléités antirépublicaines et communautaristes. Des velléités que l’UMP et le PS prennent soin d’encourager, leur permettant ainsi d’évacuer une bonne fois pour toute la question sociale.


En effet, quand on parle et prône la « diversité », il n’est jamais question de « diversité » sociale, ou encore des opinions. Non. La « diversité » est toujours ethnique. Les personnes « issus de la diversité », qu’il faut, selon cette doxa, voir davantage accéder aux manettes du pouvoir, sont toujours des personnes issues de l’immigration, essentiellement les Noirs et les Maghrébins. Jamais un ouvrier, jamais un pauvre campagnard ne sera considéré comme telle. Jamais Martine Aubry, par exemple, qui souhaite instaurer de la « diversité » dans les listes du PS pour les prochaines élections européennes, n’entend par là y intégrer des ouvriers, des gens issus des couches sociales modestes. Ce serait évidemment un sacrilège. La seule « diversité » qui vaille, la seule « diversité » à encourager, est évidemment celle du taux de mélanine dans l’épiderme !


Il y en a même, dont il faut saluer l’honnêteté de leurs intentions, qui proposent ni plus ni moins que de remplacer la vieillotte « fraternité » par la si moderne « diversité » dans la devise républicaine. Une « diversité » qui entend ségréger les citoyens selon leurs faciès et leurs origines, plutôt qu’une « fraternité » qui entend rassembler les citoyens au-delà de leurs différences, voilà qui voudrait tout dire !


Une « diversité » pour mieux en finir avec la question sociale


Comme le démontre fort bien Walter Benn Michaels, l’auteur de « La Diversité contre l’égalité », un ouvrage paru récemment, « la ‘diversité’ n’est pas un moyen d’instaurer l’égalité, mais une méthode de gestion de l’inégalité ». Nos gouvernants ayant renoncé à mettre fin aux inégalités sociales, ils entendent détourner notre regard sur celles-ci en focalisant les débats sur la quête de la « diversité ». Une « diversité » qui ne permet au mieux que de « diversifier » le faciès et les origines des tenants du pouvoir, sans déranger aucunement le système économique inique actuel. Une « diversité » qui fait figure en somme de « gauchisme des classes supérieures », pour reprendre l’expression de Michaels, qui souhaitent faire oublier leurs privilèges et se libérer de toute culpabilité.


Yazid Sabeg est lui-même un pur symbole de cette « diversité » au service du néolibéralisme. Grand patron, il est un membre éminent de l’aristocratie économique, une aristocratie dont il partage les intérêts et les valeurs, et dont il ne se distingue de ses congénères que par son faciès. Ainsi, quand il prétend avoir l’objectif de mettre en pratique « l’égalité des chances » dans notre pays, c’est évidemment d’une pathétique malhonnêteté intellectuelle.


Morcellement de la nation républicaine en communautés ethniques rivales, dissolution de la question sociale : telles sont les vraies intentions que sous-entend la quête de « diversité ». Une « diversité » qu’il est plus que jamais nécessaire de démasquer et de combattre comme il se doit.

L'esprit Républicain

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19 juin 2008

Le palmarès anti-laïque lillois de Martine Aubry : la "troisième voie" du PS ?

ARP1788772Par Fanny Deulin

Assistons-nous à une nouvelle opération pour imposer au Parti Socialiste des choix venus de l’extérieur ? Comme pour Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, nous assistons à présent à une montée de mayonnaise médiatique en faveur de Martine Aubry pour le poste de Secrétaire nationale du Parti Socialiste ?

En effet des articles dithyrambiques sur Martine Aubry fleurissent dans le journal Le Monde depuis le mois de mai dernier. Michel Noblecourt la présente comme une des revenants de la « dream-dream », « cette marque de fabrique du gouvernement de Lionel Jospin en 1997 ». Elle et Dominique Strauss-Kahn, actuellement directeur du FMI, « ont repris le sentier de la guerre pour empêcher, à tout prix, l’usurpatrice [Ségolène Royal] de s’emparer du PS et de s’imposer en candidate naturelle pour 2012 » (1).

Jean-Michel Normand titre même : « Martine Aubry veut incarner la "troisième voie" au PS ». Et il précise : « Avec Martine Aubry, les partisans de la "troisième voie", ont peut-être trouvé la figure susceptible d’incarner le « ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë" »(2). L’article fonde « l’état de grâce » actuel et l’ « envergure nationale » de Martine Aubry sur son « éclatante réélection à Lille ».

Cette « éclatante réélection » est une arnaque qui a la vie dure ! Puisque Martine Aubry sait très bien qu’elle a été élue avec 56% d’abstention, soit 28,4% des inscrits, et que « les quartiers populaires n’ont pas été séduits par l’alliance locale des gauches et de la droite ex-UDF : 61 % d’abstention à Lille-Moulins, 58% à Lille-Sud, 56,7 % à Fives, 55,5 % à Wazemmes, 54,5 % à Faubourg de Béthune, 52,2 % à Bois Blancs… Ni les gages à Amar Lasfar et sa Ligue Islamique du Nord, ni l’affichage ostensible de candidats issus de « la diversité multiculturelle » comme dit Martine Aubry, n’ont fait baisser l’abstention » (3).


Le Monde qui n’a pas roulé ces dernières années pour la République laïque et l’Enseignement public laïque, verrait-il bien Martine Aubry à la tête du Parti Socialiste parce que défenseuse de la « laïcité ouverte » ?

Effectivement Martine Aubry a fait passer, à Lille, le « socialisme » de la laïcité républicaine au communautarisme ethnique et religieux.

Quelques preuves :

► Ne s’est-elle pas opposée à la loi du 15 mars 2005 interdisant les signes religieux ostensibles à l’Ecole, de la maternelle au Bac ?

► N’est-elle pas célèbre pour sa piscine à créneaux horaires pour les femmes voilées ?

► N’a-t-elle pas favorisé la création du lycée musulman dans la mosquée de Lille sud où Asmar Lasfar (UOIF) est le recteur ?

► N’a-t-elle pas aidé Mohammed Béchari (4) à la création de l’Institut privé musulman « Avicenne », faculté théologique et institut de sciences humaines ? La Voix du Nord écrivait alors qu’une part du financement venait du Qatar dont était proche Mohammed Béchari. « Comme par hasard, ajoutait La Voix du Nord, l’ambassadeur en France de ce pays du Golfe était à Lille en janvier à l’invitation de Béchari pour le repas de l’Aïd. A ses côtés ? Martine Aubry et Amar Lasfar… »(5). Selon La Voix du Nord, le projet a séduit Martine Aubry qui « l’accompagne positivement, précise-t-on au cabinet du maire. La ville y voit une volonté de dialogue, de brassage, favorisant le vivre ensemble, un projet laïque... » (6). Curieuse laïcité !

► Ne laisse-t-elle pas se développer des activités non-mixtes pour les jeunes dans des Centres sociaux municipaux de Lille ?

► N’a-t-elle pas déclaré que la faculté catholique de Lille était le plus beau fleuron universitaire de Lille ? Il est vrai qu’elle est arrivée à Lille en faisant « une liste de synthèse avec Pierre Mauroy et le doyen de l’Institut catholique. » (7)

► N’a-t-elle pas créé, en 1993, avec des grands patrons chrétiens la « Fondation agir contre l’exclusion » (FACE) ?(7).

► N’a-t-elle pas laisser la municipalité de Lille suspendre la crémation de l’athée Amar Bergham que ses trois enfants majeurs allaient entreprendre avec l’autorisation du Tribunal de Douai ? Cédant ainsi aux injonctions religieuses :

- d’Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-sud (UOIF), pour qui « seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie (abandon d’une religion) d’une personne »(8)

- et de la veuve défendue par maître Xavier Labbée, « conseil de la seconde épouse du défunt qui était en instance de divorce avec celui-ci », lequel Maître Labbée considérait que « La question de la religion n’a rein à voir dans le dossier, c’est le problème de la dernière volonté »(8).

Mais ce Maître Labbée n’est-ce pas lui qui vient de plaider l’annulation d’un mariage "pour erreur sur les qualités essentielles" de la mariée, car elle avait menti sur sa virginité ?(9) S’est-il fait une spécialité d’introduire subrepticement la charia à coup de jurisprudence dans le droit de la République laïque ?

Est-ce tout cela la « troisième voie » que Martine Aubry veut incarner pour le PS en devenant sa Secrétaire nationale ?

La Maire de Lille a bien tenté de se refaire une « virginité féministe » en proclamant scandaleux le jugement du Tribunal de Lille annulant un mariage pour cause de non-virginité de la mariée (9). Mais avec une telle politique aussi anti-laïque incitant à l’enfermement des femmes musulmanes sous le voile et les tenues du Moyen Orient dans l’espace public, qui peut croire que Martine Aubry est du côté de l’émancipation des femmes ?

Non, Martine Aubry, je ne souhaite pas que vous deveniez la Secrétaire nationale du Parti Socialiste, car je ne veux pas que vous appliquiez à la France votre « laïcité ouverte à l’ethnique et au religieux » que vous pratiquez à Lille. Parce que je ne souhaite pas que l’on règle les problèmes sociaux dans les quartiers avec les imams, les prêtres, les pasteurs, les rabins.

J’espère que les militantes et militants du Parti socialiste entendront la supplique d’une femme émancipée et qui veut que ses filles le demeurent.

Riposte Laïque

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(1)-Michel Noblecourt, Le Monde, « Les revenants de la "dream team", 24 mai 2008.

(2)-Jean-Michel Normand , Le Monde, « Martine Aubry veut incarner la "troisième voie" au PS, 1er juin 2008.

(3)- Cf. Fanny Deulin, « Martine Aubry réélue… mais avec 56,6 % d’abstention ! », Riposte Laïque, 19 mars 2008, sur le site http://www.ripostelaique.com/Martine-Aubry-reelue-mais-avec-56.html

(4)- président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), proche du roi du Maroc, selon La Voix du Nord, 22 mars 2006.

(5)-La Voix du Nord, 22 mars 2006, page 3.

(6)- La Voix du Nord, 9 septembre 2006.

(7)-Biographie de Martine Aubry : http://decrypt.politique.free.fr/partis/

(8) La Voix du Nord, 2 juin 2005.

(9) cf. Fanny Deulin, « Jugement de Lille / Le tribunal juge en imam, c’est aussi de votre faute, Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ! ». Cf. sur le site de Riposte Laïque http://www.ripostelaique.com/Le-tribunal-juge-en-imam-c-est.html

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27 avril 2008

Sarkozy veut en finir avec la laïcité. Aux armes, citoyens !

    659Par Guylain Chevrier  

 

   
 

 

    Le 9 avril dernier, à l’initiative du Président de la République, un comité de réflexion sur le Préambule de la Constitution a été créé par décret. Il est chargé, conformément à ce qu’expose la lettre présidentielle annexée à celui-ci, d’étudier dans quelle mesure, les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des principes nouveaux. Le comité peut entendre ou consulter toute personne de son choix. Mme Simone Veil, ancien membre du Conseil constitutionnel, ancien ministre d’Etat, a été nommée présidente du comité ainsi institué, sorte de caution morale à cette démarche. Il remettra son rapport au Président de la République avant le 30 juin 2008.  

 

    Lors de la conférence du 8 janvier dernier au cours de laquelle il avait présenté ses vœux à la presse, le Président Sarkozy avait affirmé son intention de « réformer » le préambule de la Constitution de 1958 afin d’intégrer de nouveaux droits, affirmant qu’il apporterait en 2008 un changement « en profondeur » en France, dans le prolongement de ce qu’il nomme « la politique de civilisation ». Dans la lettre annexée au décret, le Président Sarkozy interroge : « Doit-on permettre au législateur de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique ? Y a-t-il des principes directeurs sur lesquels il conviendrait de fonder, au-delà de l’évolution des techniques, notre approche des problèmes liés à la bioéthique ? Faut-il rendre possibles de nouvelles politiques d’intégration valorisant davantage la diversité de la société française pour favoriser le respect effectif du principe d’égalité ? » Il évoque « l’ancrage européen de la République » ou encore que, « la Charte européenne des droits fondamentaux, doit en outre être pris en considération. »…  

 

    Que cherche donc Sarkozy à travers ce qui semble à la fois un éloge de l’égalité et de la diversité, sorte de paradoxe dont il a le secret ? L’égalité homme-femme réduite à la logique de la parité Lorsqu’il nous parle de garantir l’égalité homme-femme, pour enchaîner la justification de l’introduction du principe de diversité dans le Préambule de la Constitution qui pourrait être réécrit, il y a une manœuvre qui s’attaque en réalité d’emblée au principe d’égalité.  

 

    Il nous parle de mieux garantir l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, en dehors même de la sphère politique, en fait d’égalité il fait directement référence à l’élargissement d’une logique de la parité à d’autres secteurs de la vie nationale, comme l’entreprise… Parler d ‘égalité en en fondant la démarche sur la parité, c’est réduire cette première à une mise en concurrence des sexes, au lieu de promouvoir un projet commun aux hommes et aux femmes et non un combat d’un genre contre l’autre.  

 

    La dynamique de l’égalité entre hommes et femmes qui a été un facteur important de libération pour toute la société et d’amélioration de la condition du grand nombre, est remplacé par la mise en concurrence des genres qui vise au remplacement des hommes par des femmes dans les mêmes carrières, et il y a fort à parier que cela ne changera rien au système, mieux, cela le justifiera un peu plus comme le seul qui vaille.  

 

    L’avantage de cette logique pour l’architecte qui est à l’œuvre ici, est de proposer une égalité par la mise en concurrence des sexes s’identifiant avec la mise en concurrence des individus, dans un système libéral qui s’en régal. Une promotion des femmes se faisant sur ce mode ne risque en rien d’être porteuse d’une promotion de l’égalité pour tous. On relèvera ici que la logique de l’égalité à laquelle se réfère les propos du Président Sarkozy relève en réalité d’une logique de la parité qui ouvre la porte au principe de diversité, car c’est la différence entre hommes et femmes qui est ici cultivée, les genres implicitement considérés comme des communautés distinctes et concurrentes, au lieu de l’interchangeabilité des droits qui fondent l’égalité et avec elle la communauté de la nation.  

 

    Le principe de diversité contre l’égalité et les Droits de l’homme  

 

    Il s’en suit une promotion du principe de diversité qui, sous prétexte de prendre en compte des évolutions de la société, telle que le développement qu’à connu l’immigration en France depuis la seconde moitié du vingtième siècle, entend donner une reconnaissance aux différences de cultures et de religions, constitutionnalisant le principe des communautés, et piétinant par la même le principe d’égalité.  

 

    Sous couvert de faire justice à des minorités culturelles ou religieuses en les rendant visibles à travers une reconnaissance en droits, on s’attaque aux droits inaliénables de l’individu tels qu’énoncer dans la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen, avec lesquelles cette logique très sarkozienne entre ouvertement en conflit.  

 

    C’est pour Sarkozy, donner un signe de bonne volonté aux chantres des revendications communautaristes, c’est aussi par là-même, à la fois, avancer dans le sens d’une France formatée sur le modèle anglo-saxon de la juxtaposition de communautés en lieu et place du peuple, de sa souveraineté politique, et développer une logique clientéliste de la politique qui fasse de la démocratie un instrument de gouvernement et de confiscation du pouvoir. C’est à un essor des communautarismes à quoi incite l’affirmation de ce principe de diversité parallèlement aux Droits de l’homme. C’est une façon d’encourager un islam, qui est au premier plan de la dynamique communautaire en France, à refuser d’évoluer, de s’adapter à la condition moderne de l’individu et de ses libertés, de « s’historiciser ».  

 

    C’est induire le risque que demain, le respect de ce principe constitutionnel de diversité puisse voir des tribunaux condamner pour discrimination ceux qui défendront l’égalité contre les pratiques communautaires parfois moyenâgeuses. Mais lorsque l’on sait que la liberté de conscience, qui se réfère au choix d’avoir une croyance ou pas, n’est rien sans la liberté de pensée mise ici à mal dans sa nature même, il y a fort à craindre que ce soit à terme la démocratie elle-même qui se trouve en péril derrière les faux-semblants de nouvelles libertés privatives se rapportant à la reconnaissance d’un droit à la diversité. On imagine comment la liberté d’expression peut être mise en péril dans cette évolution, le poids d’une censure et d’une autocensure assassinant le droit à la critique.  

 

    Une adaptation de notre Constitution à une mondialisation contre les peuples  

 

    Mais finalement, cette évolution voulue du préambule de notre constitution est en parfaite cohérence avec d’autres évolutions auxquelles on entend qu’elle d’adosse. La remis en cause de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat par la reconnaissance du financement public des lieux de culte sous prétexte d’égalité de traitement entre les religions, la mise en conformité de la France avec une Constitution européenne récemment adoptée par un passage en force qui contient la Charte des droits fondamentaux mettant le droit des minorités sur le même plan que les Droits de l’homme, la nouvelle Déclaration universelle des droits de l’homme en train d’être concoctée par l’ONU qui consacre une conception des droits de l’homme inscrite dans la logique des minorités ethniques et des cultures, des droits de dieu valant pour droits de l’homme. Autant d’aspects qui nient l’idée de nation dans le cadre desquelles les peuples ont leurs repères et peuvent se défendre, dont il est question de faire table rase au nom du principe de diversité pour faire place net au marché comme continent-monde piétinant les droits et les acquis universels des hommes.  

 

    La laïcité, à porter au-dessus de toutes les différences ce bien commun de l’interchangeabilité des droits, de la citoyenneté, des libertés communes, protège la démocratie contre les intérêts partisans des corps intermédiaires tels que les religions ou les communautés ethniques, et en même temps protègent celles-ci dans leurs libertés contre l’hégémonie de l’une sur les autres. Il y a tout à craindre que, une fois que cette diversité aurait battu en brèche la République en s’unissant contre elle, elle s’entredéchire dans un combat fratricide pour notre société, justifiant d’un côté jusqu’au pire des Etats policiers, et de l’autre, une séparation d’isolement des communautés parquées dans des quartiers, laissant libre cours au tribalisme et à l’intégrisme, livrant les femmes aux pires soumissions, et la fraternité passée au pilori.  

 

    C’est une guerre déclarée ici au peuple qui se prépare, qui ne sera nullement sollicité pour donner son avis dans ce changement de sens de notre constitution, de notre République, dont la moindre virgule devrait donner lieu à un référendum. On ne laissera pas le loisir à quiconque d’autres que ceux qui, à droite comme à gauche, sont pour la même mondialisation, de définir comment doit s’écrire le monde selon Monsieur Profit.  

 

    Le concept de diversité au service du règne sans partage des riches  

 

    Sur le modèle économique qui lui est cher, et qu’il exposait aussi lors de la conférence du 8 janvier, il promettait d’introduire « plus d’équité » dans le système économique, entendant faire profiter également les salariés des succès des entreprises, de promouvoir un capitalisme « d’entrepreneurs », un « capitalisme familial »… En réalité, il s’agit bien dans le lignage de ce capitalisme ultra individualiste tout azimut, de cultivé toutes les formes de divisions, sous couvert de diversité, appliquant le fameux principe, diviser pour régner. On voit encore ici comment le capitalisme a étroitement partie liée avec le communautarisme, comment la laïcité est son ennemi mortel. Car seul un peuple qui n’en est plus un, parce que brisé en communautés de droits concurrentes, au non d’un principe de diversité qui enterre l’égalité, est supportable pour ceux qui entendent reproduire les conditions d’une société où l’enrichissement de quelques-uns uns se fait sur l’appauvrissement du grand nombre, où se creuse le fossé entre riches et pauvres.  

 

    Monsieur Sarkozy attribue à une politique de civilisation d’on ne sait d’où sortie dans l’histoire, et dont il serait le continuateur, les acquis de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la laïcité, le droit du travail, les congés payés, les services publics…Non ! Ce furent des conquêtes acquises de hautes luttes contre ceux avec lesquels il se trouve en filiation, rien qui ne vint sans que des révolutions poussent dans le sens de plus d’égalité sociale et politique, sans quoi nous ne serions même pas sous le drapeau de la République !  

 

    Aux armes citoyens !  

 

    En réalité, ce qui nous est présenté comme une adaptation moderne à des évolutions de notre société à travers cette promotion du concept de diversité est une fin en règle de la laïcité, un grand retour aux corps intermédiaires que la Révolution française avait balayé avec l’établissement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est à une « marche arrière toute » de l’histoire à quoi nous invite en réalité ici le Président Sarkozy en livrant ainsi la société française au communautarisme dans un seul but, assurer la division du peuple pour déposséder les hommes de leur volonté commune et par la-même, de leur liberté d’écrire ensemble leur destin. Aux armes citoyens !

Riposte Laïque

 

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15 mars 2008

« Laïcité ouverte » : une notion-piège pour liquider la laïcité

sarkozyquellerepublique2lfPar Pierre Baracca

Cinq ans après la bataille pour obtenir la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes et manifestations religieux dans le Service National Public d’Enseignement (de la maternelle au Bac), une partie du PCF, de la LCR, des syndicats (CGT, FSU, SUD, etc.) et les mouvances associatives qui gravitent autour ( direction du MRAP, de la LDH, etc.) continuent à demander la « Laïcité ouverte », pourtant agitée dès le départ par la direction de l’Eglise catholique, l’UOIF, puis par les Indigènes de la République.

Ces franges de l’Extrême Gauche n’osent pas encore parler de « Laïcité apaisée » ou « positive » comme le Président Sarkozy dont ils disent se démarquer. Pourtant sur cette question, elles convergent avec lui. Il faudra bien un jour que ces membres de l’Extrême Gauche se réveillent pour en finir avec cette notion liberticide de « Laïcité ouverte ».

Rappelons pourquoi la notion de « laïcité ouverte » est une notion-piège.

Prenant acte du rapport de force qui leur était défavorable sur le terrain (plus de 70 % des Français sont favorables à la laïcité) les adversaires de la laïcité ont mis en place une stratégie de contre-offensive fondée sur une notion-piège, un cheval de Troie, « la laïcité ouverte ».

« Ouvert / fermé » : un manipulation idéologique

La notion d’« ouverture » a atterri un jour. Elle n’est pas tombée toute seule du ciel. Elle n’a pas été choisie, lancée et amplifiée au hasard. C’est une machine de guerre, un piège qui fonctionne à l’implicite. Elle a pour finalité de suggérer que qui ne choisit pas l’ouverture de la laïcité est nécessairement pour une laïcité fermée. Le cheval de Troie est en place : l’opposition « ouvert-fermé » est un leurre sémantique présenté comme une donnée évidente, naturelle. Objectif visé : activer des représentations qui incitent à toujours préférer « l’ouvert » au « fermé ». « Ouvert » devant être perçu comme ce qui est « positif » et « fermé » comme le « négatif ». Cette stratégie cherche à culpabiliser le récepteur en lui faisant activer par lui-même des représentations négatives liées à « fermé ». Ainsi « fermé » renvoie à l’esprit fermé, à la personne repliée sur elle-même, à l’étroitesse d’esprit, à l’attachement étroit au passé, au rejet du nouveau et de la modernité, au refus de la discussion, à l’autoritarisme, etc. Simultanément, ce processus incite à penser par soi-même que celui qui choisit la « laïcité ouverte » a nécessairement esprit large, intelligence, générosité, altruisme et défend La Liberté et La Modernité. C’est une manipulation idéologique.

En effet en Allemagne de 1933, liberté et progrès rimaient avec « être fermé au nazisme », alors qu’y être « ouvert » signifiait y adhérer. Hitler était un aspect de la modernité en 1933 comme fut moderne la bombe atomique à Hiroshima le 6 août 1945. La nationalisation des entreprises d’électricité et de gaz pour former EDF-GDF fut moderne en 1946, comme le serait aujourd’hui leur privatisation, c’est à dire leur restitution à la bourgeoisie camouflée en « capitaux privés ». Moderne n’est pas synonyme de progrès social, mais signifie tout simplement actuel, récent. Donc la modernité peut être réactionnaire ou progressiste. Ainsi donner à croire que la « laïcité ouverte » est La Modernité ne signifie nullement qu’elle soit un choix politique progressiste.

D’ailleurs parler de « liberté ouverte » ou « fermée » a-t-il un sens ? Que cache la notion de « laïcité ouverte » ?

Quand « ouvrir » signifie « liquider »

La notion d’ouverture est l’outil qu’utilise le camp hétéroclite des adversaires de la laïcité, pour arriver à ses fins : le retour du religieux dans l’espace public, c’est à dire la possibilité pour les Eglises de façonner officiellement les décisions politiques, les lois, donc le droit (le primat du religieux sur le politique). En un mot, c’est l’actuelle séparation de l’Etat et des Eglises qui est visée. D’aucuns ont donc bel et bien un projet politique pour revenir sur la loi de 1905 : cf. par exemple les discours de Saint Jean de Latran (Rome) et de Riyad (Arabie saoudite)du Président Sarkozy.

Evidemment les adversaires de la laïcité n’osent pas encore demander clairement la suppression de la loi de 1905, c’est à dire l’abolition de la séparation de l’Etat et des Eglises et le retour à avant 1905. Pour pouvoir la demander, il leur faut préparer l’opinion des français en lui faisant accepter des reculs successifs. C’est la fonction de la notion d’« ouverture » de la laïcité. « Ouvrons ! Diluons !, se disent les anti-laïques, il finira bien par ne rien rester ! ». Ouvrir la laïcité signifie donc la liquider.

Et c’est sous couvert de liberté, de droit à la différence et de générosité que ce choix politique est introduit.

Quand la différence signifie l’inégalité

La stratégie de l’ouverture consiste à diluer la laïcité en manipulant une représentation : « la liberté d’être différent ». L’opération idéologique consiste à brouiller les niveaux par amalgame. Comment ? En entretenant sciemment la confusion entre, d’une part, le désir légitime de chaque individu à s’épanouir en cultivant sa singularité personnelle et, d’autre part, la possibilité pour des communautés de fonctionner selon leurs valeurs, leurs normes propres et de les imposer à leurs membres. La notion de « droit à la différence » a été forgée pour entretenir cette confusion entre ces deux niveaux.

Car, en France, depuis la Révolution, les individus ne naissent plus différents juridiquement, donc inégaux juridiquement (socialement, c’est encore toujours un combat d’actualité !). Les trois ordres qui marquaient la différence juridique entre les individus ont été abolis en 1789. La différence juridique, c’était la supériorité des privilégiés (le Clergé, la Noblesse) sur les non-privilégiés, les roturiers (le Tiers-Etat), soit environ 97% de la population. Le droit à la différence juridique de naissance, c’est à dire la différence des droits, a été remplacé par l’égalité juridique : « tous les citoyens naissent libres et égaux en droit et en devoir ». Cela signifie que les lois et le droit sont communs à l’ensemble des individus français. C’est ce qui en fait des citoyens qui peuvent vivre ensemble selon des lois communes qu’ils décident à travers les processus politiques. La laïcité garantit ces lois communes.

En effet la laïcité garantit des libertés (« La Liberté », selon la représentation courante) à tous les citoyens en empêchant que les valeurs et les normes d’une communauté soient imposées à l’ensemble des individus. En séparant le politique du religieux, en faisant du religieux une affaire domestique (à la maison), la laïcité libère des régimes politiques de droit divin. Le roi de droit divin qui n’a de compte à rendre qu’à Dieu : les Français n’en veulent plus ! Comme ils ne veulent pas plus d’une République catholique (cf. l’inégalité juridique actuelle des femmes en Irlande ou en Pologne), d’une République protestante (cf. la dictature de Calvin à Genève qui fit brûler l’opposant Michel Servet en 1553), d’une République juive ou d’une République Islamique. Les théocraties : les Français disent « Non, merci ! ».

« Ouvrir », « diluer », « positiver » la laïcité c’est réintroduire l’emprise du religieux sur le politique. C’est « ouvrir » la porte au retour de la différence des droits et du droit, c’est restaurer l’inégalité juridique. En premier lieu l’inégalité des femmes par rapport aux hommes, avec son cortège de formes de discrimination, d’infériorisation, de domination masculine (du voile aux salaires inférieurs, via le contrôle de leur corps). Se profile ensuite la remise en cause de la mixité sexuelle dans l’espace public : à l’école, à la piscine, à l’hôpital, et pourquoi pas au cinéma, au restaurant, à la crèche, dans l’autobus, au travail, etc. C’est donc l’imposition d’un projet politique machiste pour les hommes. « Ouvrir » la laïcité signifie aussi créer des ghettos communautaires qui, eux, sont bien fermés comme des prisons pour leurs membres. En effet c’est fractionner la société en autant de communautés ghettoïsées fonctionnant de plus en plus sur leurs lois spécifiques, puisqu’il n’y a plus ni lois communes possibles, ni égalité juridique entre l’ensemble des citoyens. Ghettos allant de la maternité au cimetière avec des carrés en fonction de l’appartenance religieuse, etc. Qui a intérêt à ce projet politique ?

Qui a intérêt à liquider la laïcité ?

Les offensives en cours sont multiformes parce qu’elles sont portées par des acteurs divers.

D’abord du côté des Eglises, certains rêvent de la suppression de la loi de 1905 et d’une restauration du rôle politique des Eglises. Ainsi, par exemple, le 4 novembre 2004, à l’assemblée plénière des évêques à Lourdes, d’aucuns ont déploré qu’il n’y ait pas de « place pour une manifestation d’une religion dans l’espace public ». L’UOIF ne cesse de demander la même chose depuis bien avant la création du CFCM. De multiples associations intégristes de toutes les obédiences religieuses font du travail de terrain, des actions de lobbying auprès des instances politiques, administratives, médiatiques, culturelles. Mais d’autres associations, religieuses ou non, contribuent à ce travail en défendant la laïcité ouverte (cf. la ligne officielle du MRAP, de la LDH, etc.). Des élus, candidats aux élections municipales de 2008, n’ont-ils pas accepté de participer à des assemblées religieuses pour éprouver leur programme politique aux valeurs religieuses ? Ici, on est déjà retourné avant 1905 ! Au primat du religieux sur le politique.

Parallèlement, des partisans du libéralisme économique et du capitalisme mondialisé, dont le président Sarkozy, ont imaginé qu’une société française fractionnée en communautés ethniques et religieuses permettrait de liquider plus rapidement les acquis sociaux que le mouvement ouvrier avait imposé au patronat à la Libération. La Sécurité sociale, le système des retraites, l’Ecole publique, les services publics ne fonctionnent-ils pas sur le principe de solidarité, donc d’égalité des citoyens ? On commence par le droit à la différence, puis on enchaîne avec la laïcité ouverte et on débouche sur… Je vous laisse formuler la suite !

Dans quel intérêt des franges de l’Extrême Gauche peuvent-elles encore continuer à militer pour la « laïcité ouverte », « apaisée » ou « positive » et, ce, en pleine convergence avec le Président Sarkozy et la politique du gouvernement « W. W. Bush » ?

Riposte Laïque

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23 février 2008

Sauver la laïcité

   

      separationTribune commune d'André BELLON, Bruno STREIFF, Caroline FOUREST, Catherine KINTZLER, Henri PEÑA-RUIZ, Jean RIEDINGER, Jean-Claude MILNER et Jean-Paul SCOT
      
      La laïcité est en péril. Ce n’est plus, cette fois, le résultat d’attaques détournées, mais une remise en cause violente et globale. Le président de la République, déjà inspirateur de la commission Machelon, mène l’offensive avec la plus grande brutalité. Nul procès d’intention de notre part, mais de simples constats :    

   

      - Proclamer la supériorité de la religion sur les autres types de convictions, c’est détruire la laïcité. On bafoue ainsi l’égalité de traitement des citoyens. Aux uns, la reconnaissance publique de leurs convictions, avec les éventuels privilèges financiers que cela entraîne. Aux autres l’assignation de leurs convictions à la seule sphère privée. Une telle discrimination renie la devise républicaine.    

   

      - Affirmer une telle hiérarchie est inacceptable de la part d’un président de la République dans l’exercice de ses fonctions. Nul n’a donné mandat au Président pour fixer une norme en matière de conviction personnelle. La laïcité n’est pas le seul modèle politique dans lequel la liberté de conscience est assurée. Mais elle se distingue des autres Etats de droit par le silence auquel doit se tenir la puissance publique sur les différents types de conviction. Elle seule garantit ainsi un égal respect à tous. En rompant ce silence, le président de la République introduit une inégalité morale entre les citoyens et enfreint la Constitution qui fait de la France une République laïque.    

   

      - Prétendre que l’instituteur ne peut éclairer la distinction du bien et du mal comme le fait le pasteur ou le curé, c’est disqualifier l’autonomie de jugement dont l’école laïque assure la promotion. Une telle autonomie a évidemment un sens moral et civique autant qu’intellectuel. Elle est gage de lucidité – et n’a donc rien à envier à la direction de conscience religieuse. Insinuer que la République est muette sur les valeurs est tout aussi inacceptable. Son souci de promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité ne passe certes pas par un catéchisme. Mais elle fait le pari de la conscience éclairée pour développer ces valeurs. Miser sur l’autonomie des personnes en la fondant sur la maîtrise du savoir et s’interdire tout endoctrinement, tel est l’honneur de la république laïque et des enseignants qui la font vivre dans les écoles.    

   

      - Brouiller la distinction entre culturel et cultuel afin de rétablir le financement public des religions, c’est détruire la laïcité. Outre ses résonances communautaristes contraires à l’universalisme républicain, l’amalgame entre culture et religion est un prétexte. Il est conçu pour contourner la loi qui réserve le financement public à ce qui est d’intérêt commun. La culture a une portée universelle, le culte une portée particulière. Payé par tous, l’impôt doit être dépensé pour tous. Le détournement des fonds publics ainsi envisagé est d’autant plus inacceptable que dans le même temps les missions de service public de l’Etat sont remises en cause par une privatisation croissante. Va-t-on sacrifier ce qui est d’intérêt universel sur l’autel du particulier ?    

   

      Face à une offensive sans précédent depuis longtemps, la plus large mobilisation pour la laïcité est à l’ordre du jour. L’enjeu est de taille : assurer la coexistence sereine de personnes issues des traditions les plus diverses en émancipant la loi commune de tout particularisme. Avant toute chose une parfaite clarté sur les objectifs s’impose. Bien sûr, il faut réaffirmer la liberté de conscience, premier des principes laïques. Mais celle-ci doit aller de pair avec l’égalité de traitement des convictions, second principe rendu possible par la neutralité de la République et la loi qui sépare l’Etat des autorités religieuses. Selon le troisième principe, les institutions publiques ne doivent pas avoir d’autre but que l’intérêt de tous. Le moment est venu de réaffirmer ces trois principes et de les défendre comme un tout face aux empiètements dont la laïcité ne cesse de faire l’objet. Et de rappeler fermement que ces empiètements ne sauraient faire jurisprudence.    

   

      Non à toute réécriture de la loi du 9 décembre 1905 ! Non à son contournement insidieux par quelque voie réglementaire que ce soit ! Non au tarissement de l’action publique à finalité universelle ! Non à la généralisation des entorses multiformes à la laïcité !    

   

      Le mouvement laïque saura s’unir pour empêcher toute régression de la laïcité, qui signerait une régression de la République elle-même.    

 

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10 février 2008

La laïcité, une coquille vide ?

laicite02 Par Catherine Kintzler, essayiste, qui voit dans les tentatives récentes de Nicolas Sarkozy de réduire à néant le principe de laïcité l'aboutissement d'un travail de sape de plusieurs décennies par des politiques soucieux de ne vexer personne.

Les discours du Président de la République à Rome et à Ryad ont fait grand bruit : n'a-t-il pas, comme je l'écrivais moi-même dans ces colonnes, franchi une ligne rouge s'agissant de la laïcité? Bien des voix s'élèvent pour le condamner, y compris celles qui naguère optaient pour une « laïcité plurielle » ou « ouverte » - qualificatifs remis à leur place par la dernière invention lexicale d'une « laïcité positive » et surpassés par elle. C'est que Nicolas Sarkozy, fidèle à la technique de forçage et de provocation qui ne lui a pas toujours été défavorable, ose dire et faire ouvertement ce qu'une politique rampante, pratiquée de tous bords, a préparé de longue date.

Faut-il rappeler que le plat dans lequel il met si tapageusement les pieds est sur le feu et mijote depuis près de vingt ans ? Celui que nous ressert aujourd'hui la Halde, en imposant les signes religieux des accompagnateurs scolaires, n'est qu'un remake plutôt fade de la magistrale tarte infligée à la laïcité scolaire par Lionel Jospin en 1989 lors de l'affaire du voile à Creil ; rappelons-nous son habile coup de pied en touche vers le Conseil d'Etat. En matière de financement biaisé des cultes, on n'oubliera pas non plus de saluer Jack Lang et le musée de la cathédrale d'Evry, brillante application du « décloisonnement du cultuel et du culturel » dont parle Caroline Fourest (1).

Au-delà de ces mesures spectaculaires et plus profondément, le modèle politique dont la laïcité est constitutive a subi une érosion obstinée. La droite n'est pas la seule à avoir lancé et pratiqué avec le succès qu'on sait la thèse de « l'école lieu de vie » (en clair : lieu de garderie), à y avoir introduit la sacralité des « différences », à y avoir accoutumé chacun à s'inscrire dans une communauté. Elle n'est pas la seule à avoir pratiqué une politique d'abandon et de reculade devant une poignée d'indépendantistes corses. Est-ce seulement un manque de volonté politique qui depuis un quart de siècle a créé et étendu des zones de non-droit autour des grandes villes, et nous a mis sur la voie d'une ghettoïsation encourageant le communautarisme ? Le cortège des « discriminations positives » est un chantier de choix pour la déconstruction républicaine, puisqu'il s'agit de récuser l'égalité des droits au profit d'une stratégie statistique qui nie le corps politique pour lui substituer une représentation destinée à « refléter » une prétendue composition de la population, composition que celle-ci ne définit pas elle-même, mais qui lui est fournie par une expertise sans contrôle.

Car le règne des « experts » et des « évaluateurs » a commencé et se poursuit. Le tribunal victimaire qu'ils érigent volontiers ne se contentera pas de mettre les fumeurs, les amateurs de corrida et autres consommateurs de foie gras au ban d'une société propre. La question ne se réduit pas non plus à une opposition entre communautarisme et universalisme. Le modèle républicain est fondé sur la souveraineté d'individus réunis sur une base minimaliste. La laïcité est une expression exemplaire de ce minimalisme, puisqu'elle disjoint la formation du lien politique de tout lien religieux ou social préalable, puisqu'elle suspend au plan politique le principe des appartenances (sans bien sûr dissoudre les communautés réelles) et qu'elle assure la liberté civile par le silence de la puissance publique. A l'opposé un modèle pulvérulent se répand, fondé sur des groupes d'influence qui ne se définissent pas par le suffrage. A tel point que le mot « minorité » change de sens dans le champ politique : mis de préférence au pluriel, il désigne dans les revendications identitaires tout ce qui permet de détruire la généralité et l'aveuglement de la loi au profit de la norme sociale dans des regroupement collectifs qui supposent une obligation d'appartenance.

Restent du modèle républicain les formulations inscrites dans les textes. Après l'évacuation de son contenu, l'édifice offre encore la résistance d'une belle façade. Dans ces conditions, comment s'étonner que le Président Sarkozy ne résiste pas à l'envie de lui donner le coup de karcher qui en débarrassera l'espace politique dont il a besoin ? Effarouchés par leur propre travail de sape, les Diafoirus qui ont évidé la coquille républicaine et laïque font mine maintenant de vouloir la replâtrer : une fois sorties de leur trou, les taupes ont mal aux yeux.

(1) C. Fourest « Une laïcité de chanoine », Le Monde, 31 janvier 2008.

Marianne2.fr

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27 janvier 2008

Laïcité : lutte antireligieuse, combat social ? Soyons clairs !

 

laicite_effelPar Jean-Marie Blanc

Connaissez-vous un homme politique qui se dise antilaïque ?... Moi pas ! Tout le monde est laïque... Mais attention, il s’agit d’une laïcité « moderne », « ouverte », « apaisée »... c’est-à-dire qui, à force de concessions à toutes les communautés religieuses, n’a plus de laïque que le nom. Celui qui refuse ces concessions et défend tout simplement, à travers la loi de 1905, une complète séparation entre l’État et les religions, ce n’est pas un laïque, mais un « laïcard » anticlérical, assimilé à un athée militant pour qui la laïcité ne serait que le premier pas en direction d’un idéal politique ouvertement antireligieux. Or l’athée, c’est bien connu, est un danger social : au mieux un individu amoral dont la fréquentation serait à éviter, au pire un redoutable gauchiste, révolutionnaire en puissance... Tels sont les schémas dans lesquels nous nous laissons enfermer... mais à qui la faute ?... Essayons donc d’y voir un peu plus clair.

Laïcité, le « vivre ensemble » civilisé

La laïcité n’est pas naturelle à l’humanité. Dans toutes les sociétés traditionnelles, le pouvoir temporel et le pouvoir religieux s’épaulent mutuellement voire se confondent, tant pour leur propre maintien que pour celui de la cohésion sociale. La séparation de ces pouvoirs n’intervient qu’au-delà d’un certain degré d’humanisme et de civilisation, et selon des modalités qui dépendent des traditions culturelles et des vicissitudes historiques des peuples concernés. La spécificité laïque française, par rapport aux pays voisins qui n’ont pas connu de conflit majeur entre l’État et la religion, tient à la Révolution de 1789 qui, en abolissant la royauté, ne pouvait que se heurter violemment à l’Église catholique, alliée de toujours du trône de France. L’antagonisme haineux qui en est résulté entre républicains et cléricaux s’est poursuivi de façon récurrente jusqu’au début du XXe siècle, et la loi de 1905 a été le fruit de cette longue lutte d’émancipation de la République vis-à-vis de la domination théocratique du Vatican. Encore a-t-elle été une loi de compromis, par rapport aux objectifs antireligieux des républicains radicaux de l’époque. Il n’empêche que le pape actuel ne verrait sans doute pas d’un mauvais œil que cette loi soit amendée à la faveur d’un alignement de la France sur ses partenaires européens qui, n’ayant pas le même vécu historique, sont adeptes, au nom du principe de tolérance, d’une plus large reconnaissance des communautés religieuses et culturelles. Or ce serait une erreur, préjudiciable non seulement à la paix publique, mais aussi à la démarche religieuse elle-même.

Toutes les religions sont basées sur des textes anciens, rassemblant des « vérités révélées » de tradition orale plus ancienne encore. Quelle que soit la foi que l’on veuille accorder à ces révélations, il paraît difficile d’admettre que celles-ci aient pu être transmises sur de si longues périodes dans leur pureté originelle. Pour une large part, les textes « sacrés » témoignent des modes de vie et des règles coutumières de leur époque, qu’il est inutile, voire nocif, de vouloir reproduire aujourd’hui : l’autoritarisme théocratique, l’usage de la violence et l’aliénation de la femme, en particulier, sont incompatibles avec les acquis cognitifs, philosophiques et sociopolitiques - la civilisation, en un mot - des sociétés évoluées. Vis-à- vis de ces textes, les croyants ont donc un devoir d’inventaire et d’exégèse sélective dont la difficulté, toujours présente, est néanmoins variable selon les religions : une lecture comparée, fût-elle superficielle, des Évangiles et du Coran ne laisse aucun doute à ce sujet. De fait, chez une majorité de gens, les croyances et les pratiques religieuses s’assouplissent d’une génération à l’autre en intégrant au moins partiellement l’évolution contemporaine des savoirs et des idées, ce qui permet à la démarche religieuse (dont certains ont un réel besoin) de conserver son acceptabilité sociale. Toutefois, en marge de cette majorité de croyants raisonnables, subsistent des minorités plus ou moins intégristes qui, sur la base d’une lecture littérale des textes « sacrés », entendent soumettre à leurs dogmes l’ensemble de la société. Pour les hiérarchies religieuses, obligées de s’adapter à la civilisation pour rester crédibles mais toujours tentées par les dérives hégémoniques, le militantisme de ces intégristes est utile, du moins tant qu’il ne provoque pas de réaction de rejet, et il est donc encouragé, en sous- main ou plus ouvertement selon les circonstances.

Il se trouve que nous vivons actuellement une époque de désenchantement consécutive à la faillite, au cours du XXe siècle, des idéologies ayant annoncé que les peuples allaient accéder au bonheur grâce au progrès matériel et/ou à l’instauration d’un ordre nouveau (social, économique, ou politique) : Dans les faits, ce furent des totalitarismes, des morts et des souffrances... et au mieux, dans les pays en paix et suffisamment riches, une société de consommation où les gens ne se sentent guère plus heureux pour autant. Ce désenchantement, en accroissant le besoin de « sens » et d’espérance qui est le fonds de commerce des religions, leur ouvre un espace propice à la résurgence du fondamentalisme et de l’activisme. On observe ainsi, au nom de confessions diverses, des actions de lobbying contre l’avortement, pour l’enseignement du créationnisme, contre-la libre critique des dogmes, pour le financement public des cultes... et plus généralement pour la constitution de droits communautaires opposables aux valeurs et aux lois nationales. Or, pour contrer cette dynamique intégriste, le modèle communautariste anglo-saxon qui prévaut en Europe est relativement démuni. Il s’enracine en effet dans la philosophie de la tolérance de John Locke, développée au XVIIIe siècle, qui suppose l’unité des religions autour d’un principe fondateur commun (« religion naturelle »), leurs dogmes spécifiques n’étant qu’accessoires, car entachés d’incertitude compte tenu des limitations de l’entendement humain. Outre qu’elle laisse peu de place à l’incroyance, cette philosophie a le défaut de n’être applicable politiquement que si tout le monde joue le jeu de la tolérance, à commencer par les religions elles-mêmes. Qu’une seule s’y refuse et tente d’imposer ses dogmes, et l’État se retrouve législativement désarmé : ayant accepté par avance, au nom de la tolérance, de reconnaître les communautés religieuses comme partenaires, il est en porte à faux face à celle qui lui refuse toute concession en retour. Si le communautarisme a pu fonctionner jusqu’à présent tant bien que mal en Europe, c’est parce que les religions dominantes en présence, toutes judéo-chrétiennes, ont pu et dû s’adapter, plus ou moins et avec le temps, aux valeurs humanistes de nos démocraties. L’irruption de nouvelles religions immigrées en décalage par rapport à ces valeurs, l’Islam en particulier, est en train de changer la donne.

À la différence du modèle communautariste, le modèle laïque français pose en principe la primauté de l’individu, supposé libre et responsable (et se pensant comme tel), par rapport à toute communauté d’appartenance, qu’elle soit ethnique, religieuse ou socioculturelle. Ce système disjoint totalement une sphère relationnelle privée (chez soi, mais aussi dans l’espace public) où l’individu, seul ou en assemblée, est libre d’assumer et d’afficher ses choix religieux ou philosophiques, et la sphère publique, domaine de l’État et de ses institutions, où chacun doit s’abstenir d’extérioriser ses convictions métaphysiques. La République, selon les principes de la loi du 9 décembre 1905, « assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes » (article premier), mais « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2). C’est bien entendu cet article 2 que les lobbies religieux, pour un libre accès aux subventions, voudraient voir amendé. Or la loi forme un tout, ses deux articles fondamentaux sont indissociables, et les croyants raisonnables doivent comprendre que ce déni de reconnaissance publique de leur culte, pour radical qu’il puisse leur paraître, est précisément l’indispensable garant de leur propre liberté de pratiquer ce culte comme ils l’entendent. Tout assouplissement de cet article 2 au nom de la tolérance ne peut en effet que conduire, faute d’un principe civique admis comme supérieur, à un renforcement du pouvoir des clergés et à un déplacement des rapports de forces en faveur des tendances religieuses les plus intégristes. Cela pourrait même aboutir à des affrontements entre communautés, dont les croyants raisonnables seraient les premières victimes. Le risque est d’autant plus grand que nous assistons à une montée en puissance du fondamentalisme musulman, dont le contexte socioculturel, le dogmatisme et les prétentions théocratiques, en retard de plusieurs siècles par rapport aux mentalités européennes, ne manqueront pas de provoquer des réactions de rejet, éventuellement violentes. Face à cette menace, le refus de tout communautarisme et le respect absolu d’une laïcité forte de l’État est le seul rempart capable de préserver à la fois la liberté de pratique religieuse (ou non) et le « vivre ensemble » civilisé.

Laïcité n’est pas lutte antireligieuse

Comme beaucoup de rationalistes, je suis à la fois laïque et athée. En tant qu’athée, je considère que les religions ne sont que des mythes dont tout être intelligent devrait pouvoir se passer, et je professe cette opinion philosophique toutes les fois que l’occasion m’en est donnée. En tant que laïque, en revanche, je suis favorable à une politique de séparation de l’État et des cultes qui implique au premier chef le respect de la liberté individuelle de conscience. Je m’impose alors une attitude politiquement correcte de non-ingérence dans les croyances d’autrui, en totale contradiction avec le prosélytisme philosophique auquel je tends naturellement par ailleurs. Schizophrénie ?... peut-être, mais il importe d’en être conscient, pour ne pas se tromper de combat.

Que se passe-t-il, en effet, dans le combat laïque ? Celui-ci est naturellement mené par des associations qui se sont constituées spécialement dans ce but (encore que leurs adhérents soient en majorité incroyants), mais aussi et surtout par des mouvements athées dont l’objectif principal, avoué ou non, est la lutte contre les religions. Sommes-nous, d’autre part, rejoints par des croyants convaincus du bien-fondé de la loi de 1905 ? Fort peu, et pour cause, on n’a jamais vraiment cherché à les convaincre. Cette situation a pour origine la bipolarisation héritée de la Révolution de 1789, spécificité française évoquée plus haut : républicains forcément irréligieux et anticléricaux d’une part, catholiques forcément conservateurs, royalistes ou bonapartistes, d’autre part. Cette bipolarisation était commode, mobilisatrice, et elle a fait les grandes heures de la IIIe République... mais elle n’est plus d’actualité. La République et ses principes démocratiques sont devenus largement consensuels et l’Église s’y est adaptée, ce qui a démobilisé le militantisme anticlérical. Si donc nous ne comptons que sur les libres-penseurs pour mener le combat laïque, inutile de continuer, il est perdu d’avance - dans un contexte démocratique, s’entend - , d’autant que l’agressivité en ce domaine (« À bas la calotte ! ») est contre-productive : elle permet aux antilaïques... pardon, aux apôtres d’une « laïcité ouverte, apaisée, etc. » de présenter la vraie laïcité (celle qui n’a pas besoin d’adjectif) comme une manœuvre antireligieuse en étant si peu que ce soit crédible... et c’est bien dommage.

Pour défendre aujourd’hui le modèle laïque français, la logique qui l’a justifié au XIXe siècle ne suffit plus. Il faut maintenant une argumentation susceptible de convaincre au-delà du cercle des incroyants. Cette argumentation, c’est celle qui s’adresse à tous les citoyens, croyants ou pas, attachés aux libertés de conscience et d’expression et à tout ce qu’elles impliquent : liberté de croire, de ne pas croire, d’abjurer, de critiquer et même de moquer (sous la seule réserve de ne pas porter atteinte aux personnes et à leur droit à ces mêmes libertés) ; liberté, en somme, d’exercer sa raison dans un débat ouvert qui seul permet, en discutant les idéologies, y compris religieuses, de les faire évoluer positivement. Ne pas admettre cela, c’est être un intégriste, donc un fanatique, un non-civilisé. Les religions, d’ailleurs, n’ont pas le monopole du dogmatisme, et ceux qui justifient la violence totalitaire au nom d’une utopie sociale n’ont rien à envier, en termes de barbarie, à ceux qui font de même au nom d’une religion. Le concept de laïcité ne détermine donc pas une frontière entre croyants et incroyants, mais entre gens raisonnables et fanatiques, pour protéger les premiers contre les seconds. L’État laïque garantit les libertés de conscience et d’expression précisément parce que, ne reconnaissant officiellement aucune religion, il ignore à la fois tout jugement moral relatif à ses dogmes et textes « sacrés » et tout délit (blasphème, hérésie, apostasie...) que l’on pourrait invoquer en leur nom. La laïcité, ce n’est pas de combattre les religions ni même de chercher à les rendre politiquement correctes, c’est de n’en reconnaître aucune dans la sphère publique pour permettre la libre pratique comme le libre examen de toutes dans la sphère privée de chacun.

Dans notre système laïque, donc, l’État n’a pas à se préoccuper du contenu idéologique des textes fondamentaux de quelque philosophie ou religion que ce soit. Les croyants - et c’est pour eux une garantie importante - ne sauraient donc subir de discrimination en fonction de l’acceptabilité morale des préceptes contenus dans ces textes. La laïcité offre ainsi une ouverture sans préjugé à toutes les religions, même à celles dont les traditions sont sexistes, violentes ou totalitaires, et qui pourraient de ce fait constituer une menace pour notre société. Les croyants sont en revanche, comme tous les citoyens, responsables de leur propre comportement vis-à-vis de la loi. Un religieux qui prône ou justifie le meurtre est passible de poursuites judiciaires, et ce quels que soient ses textes de référence (qui ne sont « sacrés » que pour ceux qui veulent bien y croire, et en aucun cas au regard de l’État laïque). Ces textes ne sont pas en eux-mêmes un chef d’accusation, liberté de conscience oblige, mais ne sauraient non plus constituer une excuse. L’absence de toute censure relative à la religion en tant que telle a pour contrepartie l’obligation pour ceux qui y adhèrent de le faire avec discernement.

Laïcité, rien que la laïcité

De culture républicaine comme nombre de mes concitoyens, j’ai fait miennes diverses valeurs morales telles que droits de l’homme (femme incluse, bien entendu), émancipation de la pensée (par l’instruction publique), justice économique et sociale... et naturellement laïcité de l’État. Il est évident que ces valeurs sont liées, à la fois par l’humanisme qui les sous-tend et par leur contexte historique. Pour autant, est-ce rationnel, et surtout stratégiquement judicieux, d’en faire l’amalgame sans précaution ?

L’extériorisation la plus fréquente de la culture identitaire des communautés issues de l’immigration réside dans le port de vêtements traditionnels enveloppants, surtout pour les femmes, sous prétexte d’une protection religieusement correcte de leur pudeur. Les différentes variantes du voile islamique en sont l’exemple classique, où le précepte religieux sert avant tout à conforter une tradition patriarcale profondément sexiste. Rien d’étonnant donc à ce que tous ceux qui sont attachés à l’égalité des droits, et particulièrement les mouvements féministes, soient révulsés par ce symbole vestimentaire de l’asservissement de celles qui le portent. Mais quoi ?... En dehors de la sphère publique de l’État et de ses institutions, on ne peut que respecter la liberté pour chacun d’exprimer son opinion, même si celle-ci - « je suis soumise et j’aime ça » - est la négation même de la liberté. On se souviendra d’ailleurs avoir vu autrefois, sans en avoir été scandalisé outre mesure, les religieuses catholiques semblablement vêtues... Donc, mis à part les voiles qui masquent le visage et qui pourraient (devraient même, à mon avis) être prohibés pour des raisons de sécurité publique, ces accoutrements, tant qu’ils se situent dans la sphère privée, y comprirent dans les lieux publics, ne peuvent être légitimement interdits, et surtout pas au nom de la laïcité : C’est rendre à celle-ci un bien mauvais service que de l’instrumentaliser, par un amalgame avec la cause féministe, contre la liberté d’expression dont, précisément, le système laïque est garant ! En revanche, c’est le rôle des mouvements féministes que de contrer l’argumentaire religieux du sexisme, d’informer les femmes de leurs droits, et de contribuer ainsi à l’éducation publique qui est, à terme, souvent plus efficace que la législation elle- même...

L’importance fondamentale de l’éducation sur l’évolution des mentalités n’est en effet plus à démontrer, et ce n’est pas un hasard si les intégristes de toutes tendances ont toujours rejeté l’éducation par la raison et la connaissance objective pour revendiquer l’enseignement, si possible exclusif, de leurs propres doctrines. Un État démocratique doit donc garantir le droit des enfants à une éducation émancipatrice, soit au travers d’un service public, soit par des conventions avec des établissements de droit privé. D’un point de vue égalitaire, le service public est naturellement préférable, et certains (dont je suis) regrettent même que l’État français, quand il en a eu l’occasion historique, ne se soit pas attribué le monopole de l’enseignement général, au moins primaire - encore eût-il fallu s’en donner les moyens -. Pour autant, c’est une erreur que de défendre l’école publique au nom de la laïcité. Si, en effet, celle-ci impose de tenir les services publics hors de toute influence confessionnelle, elle ne fixe en revanche nullement le domaine que doivent couvrir les services en question. On peut donc, au nom du libéralisme économique, prôner la privatisation de l’enseignement sans que la laïcité soit formellement en cause, pourvu que l’État s’assure de ne subventionner que des établissements pratiquant un enseignement laïque, ce qui est le cas général aujourd’hui. Au temps de Jules Ferry, l’école privée était synonyme d’une éducation dogmatiquement religieuse et antirépublicaine, ce qui justifiait l’instauration de l’école publique au nom de la laïcité et de la démocratie, mais cette logique n’est plus d’actualité. Au contraire, l’abus de l’argument laïque pour défendre les postes et les salaires de l’Éducation Nationale ne peut qu’être utilisé contre la cause de la laïcité elle-même par ceux qui souhaitent, pour mieux la combattre, l’accuser de servir un fonctionnarisme corporatiste.

Le drame de la laïcité, enfin, est qu’elle est perçue, par ceux-là mêmes qui la défendent le plus énergiquement, comme un élément parmi d’autres dans des stratégies politisées « globalisantes », suivant la formule de Jean Jaurès : « aboutir à la république sociale en liant le combat laïque au combat social ». L’amalgame va plus loin encore chez les marxistes, pour qui la religion, de par son effet anxiolytique et réconfortant (« l’opium du peuple »), détourne le prolétariat de la révolution libératrice et doit donc être combattue, la laïcité constituant une étape dans ce but. Ainsi la laïcité se trouve-t-elle associée, dans l’inconscient collectif, non seulement à d’autres principes républicains généralement admis, mais aussi à des idéologies de gauche, voire d’extrême gauche, qui sont beaucoup moins consensuelles. Et les suppôts du communautarisme ont alors beau jeu, tout en manifestant un attachement hypocrite à une laïcité de principe, de reprocher au modèle français une prétendue intolérance qui serait le reflet, au mieux d’un anticléricalisme désuet, au pire d’un totalitarisme sorti des poubelles de l’Histoire...

Il faudrait, en face d’eux, expliquer que le principe laïque n’est rien s’il ne se traduit pas dans la législation ; que la loi de 1905 répond à ce besoin ; qu’elle a été votée en son temps par des « gens de gauche », mais qu’elle n’est aujourd’hui ni de gauche ni de droite, elle est le bien commun de tous les Français ; qu’elle n’est ni féministe, ni socialiste, mais purement et simplement laïque ; et qu’elle n’est pas antireligieuse, mais est faite, au contraire, pour protéger les croyants de bonne foi (dans tous les sens du terme) comme les incroyants... Voilà, en effet, ce qu’il faudrait dire...

L’avenir ?... La laïcité !

Voilà, plutôt, ce qu’il aurait fallu dire... car il est à craindre que ce ne soit déjà trop tard. Les défenseurs de la laïcité, trop politisés et agressifs, n’ont pas su être suffisamment convaincants. La plupart des Français se soucient plus de leur pouvoir d’achat que de leur liberté de conscience qui n’est pas directement menacée. Nos dirigeants pensent garantir la paix civile par des aides aux communautés religieuses, notamment musulmanes, en échange de leur collaboration. Et la construction de l’Europe politique, majoritairement communautariste et déjà sous l’influence des lobbies religieux, est inéluctable. Bref, tout concourt dans notre pays à une régression de l’esprit laïque, à une reconnaissance de plus en plus officielle des instances cléricales de toutes confessions, et finalement à une remise en cause de la loi elle-même. Cette évolution probable, pour décevante qu’elle soit, doit être considérée avec philosophie (n’oublions pas que notre République elle-même ne s’est pas faite en un jour...). Le communautarisme aura peut-être l’avantage, du moins je l’espère, d’amener les non-croyants à se rassembler, à prendre conscience de leur identité et à affirmer publiquement leur humanisme, bref à sortir de l’ombre, mais ceci est un autre débat. Il reste qu’à terme, une chose paraît certaine : la mondialisation des religions finira par avoir raison du communautarisme. Qu’arrivera-t-il en effet lorsque, usant des réseaux modernes de communication et s’appuyant localement sur des populations émigrées de plus en plus nombreuses, les diverses religions de la planète pourront chacune ambitionner d’implanter leur théocratie n’importe où, et notamment en France ? Lorsque pour cela elles entreront en compétition les unes avec les autres ?... Les pouvoirs publics, pour éviter des situations ingérables, pour imposer le « vivre ensemble » civilisé, n’auront alors d’autre recours que celui de la laïcité. Espérons seulement qu’ils n’attendront pas des effusions de sang pour s’en apercevoir.

www.laic.fr.

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10 janvier 2008

Laïcité : les cinq fautes du président de la République

pena_ruizNicolas Sarkozy a prononcé au Vatican, un discours choquant à plus d'un titre. Soutenir, en somme, que la religion mérite un privilège public car elle seule ouvrirait sur le sens profond de la vie humaine est une profession de foi discriminatoire. Il est regrettable qu'à un tel niveau de responsabilité cinq fautes majeures se conjuguent ainsi.

 
  Une faute morale d'abord. Lisons : «Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.»
 
Dénier implicitement l'espérance aux humanistes athées est inadmissible. C'est montrer bien peu de respect pour ceux qui fondent leur dévouement pour la solidarité ou la justice sur un humanisme sans référence divine. Ils seront nombreux en France à se sentir blessés par de tels propos. Était-ce bien la peine de rendre hommage au jeune communiste athée Guy Môquet pour ainsi le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée du sens ? En fait, monsieur le président, vous réduisez indûment la spiritualité à la religion, et la transcendance à la transcendance religieuse. Un jeune héros de la Résistance transcende la peur de mourir pour défendre la liberté, comme le firent tant d'humanistes athées à côté de croyants résistants.
 
  Une faute politique. Tout se passe comme si M. Sarkozy était incapable de distinguer ses convictions personnelles de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l'exercice de ses fonctions, celles d'un président de la République qui se doit de représenter tous les Français à égalité, sans discrimination ni privilège. Si un simple fonctionnaire, un professeur par exemple, commettait une telle confusion dans l'exercice de ses fonctions, il serait à juste titre rappelé au devoir de réserve. Il est regrettable que le chef de l'État ne donne pas l'exemple. Curieux oubli de la déontologie.
 
  Une faute juridique. Dans un État de droit, il n'appartient pas aux tenants du pouvoir politique de hiérarchiser les options spirituelles, et de décerner un privilège à une certaine façon de concevoir la vie spirituelle ou l'accomplissement humain. Kant dénonçait le paternalisme des dirigeants politiques qui infantilisent le peuple en valorisant autoritairement une certaine façon de conduire sa vie et sa spiritualité. Des citoyens respectés sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire en la matière, et ils n'ont pas besoin de leçons de spiritualité conforme.
 
Lisons à nouveau : «Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur.» On est surpris d'une telle hiérarchie éthique entre l'instituteur et le curé. L'école de la République a été inventée pour que les êtres humains puissent se passer de maître. Tel est l'honneur des instituteurs et des professeurs.
 
Grâce à l'instruction, l'autonomie éthique de chaque personne se fonde sur son autonomie de jugement. Elle n'a donc pas à être jugée moins bonne que la direction de conscience exercée par des tuteurs moraux. Étrange spiritualité que celle qui veut assujettir la conscience à la croyance !
 
  Une faute historique. L'éloge du christianisme comme fondement de civilisation passe sous silence les terribles réalités historiques qui remontent à l'époque où l'Église catholique disposait du pouvoir temporel, puisque le pouvoir politique des princes était alors conçu comme son «bras séculier».
 
L'Occident chrétien peut-il s'enorgueillir du thème religieux du «peuple déicide» qui déboucha sur un antisémitisme particulièrement virulent là où l'Église était très puissante ? Les hérésies noyées dans le sang, les guerres de religion avec le massacre de la Saint-Barthélemy (3500 morts en un jour : autant que lors des attentats islamistes du 11 Septembre contre les Twin Towers), les croisades et les bûchers de l'Inquisition (Giordano Bruno brûlé vif en 1600 à Rome), l'Index Librorum Prohibitorum, censure de la culture humaine, l'anathématisation des droits de l'homme et de la liberté de conscience (syllabus de 1864) doivent-ils être oubliés ? Les racines de l'Europe ? L'héritage religieux est pour le moins ambigu…
 
L'approche discriminatoire est évidente dès lors que le christianisme est invoqué sans référence aux atrocités mentionnées, alors que les idéaux des Lumières, de l'émancipation collective, et du communisme sont quant à eux stigmatisés à mots couverts au nom de réalités contestables qu'ils auraient engendrées. Pourquoi dans un cas délier le projet spirituel de l'histoire réelle, et dans l'autre procéder à l'amalgame ? Si Jésus n'est pas responsable de Torquemada, pourquoi Marx le serait-il de Staline ? De grâce, monsieur le président, ne réécrivez pas l'histoire à sens unique !
 
Comment par ailleurs osez-vous parler de la Loi de séparation de l'État et des Églises de 1905 comme d'une sorte de violence faite à la religion, alors qu'elle ne fit qu'émanciper l'État de l'Église et l'Église de l'État ? Abolir les privilèges publics des religions, c'est tout simplement rappeler que la foi religieuse ne doit engager que les croyants et eux seuls. Si la promotion de l'égalité est une violence, alors le triptyque républicain en est une. Quant aux droits de l'homme d'abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l'humanisme de la philosophie antique et notamment de l'universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut à tout prix évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable.
 
  Une faute culturelle. Toute valorisation unilatérale d'une civilisation implicitement assimilée à une religion dominante risque de déboucher sur une logique de choc des civilisations et de guerre des dieux. Il n'est pas judicieux de revenir ainsi à une conception de la nation ou d'un groupe de nations qui exalterait un particularisme religieux, au lieu de mettre en valeur les conquêtes du droit, souvent à rebours des traditions religieuses. Comment des peuples ayant vécu avec des choix religieux différents peuvent-ils admettre un tel privilège pour ce qui n'est qu'un particularisme, alors que ce qui vaut dans un espace politique de droit c'est justement la portée universelle de conquêtes effectuées souvent dans le sang et les larmes ?
 
Si l'Europe a une voix audible, ce n'est pas par la valorisation de ses racines religieuses, mais par celle de telles conquêtes. La liberté de conscience, l'égalité des droits, l'égalité des sexes, toujours en marche, signent non la supériorité d'une culture, mais la valeur exemplaire de luttes qui peuvent affranchir les cultures, à commencer par la culture dite occidentale, de leurs préjugés. Simone de Beauvoir rédigeant Le Deuxième Sexe pratiquait cette distanciation salutaire pour l'Occident chrétien. Taslima Nasreen fait de même au Bangladesh pour les théocraties islamistes. La culture, entendue comme émancipation du jugement, délivre ainsi des cultures, entendues comme traditions fermées. Assimiler l'individu à son groupe particulier, c'est lui faire courir le risque d'une soumission peu propice à sa liberté. Clouer les peuples à des identités collectives, religieuses ou autres, c'est les détourner de la recherche des droits universels, vecteurs de fraternité comme d'émancipation. Le danger du communautarisme n'est pas loin.
 
La laïcité, sans adjectif, ni positive ni négative, ne saurait être défigurée par des propos sans fondements. Elle ne se réduit pas à la liberté de croire ou de ne pas croire accordée avec une certaine condescendance aux «non-croyants». Elle implique la plénitude de l'égalité de traitement, par la République et son président, des athées et des croyants. Cette égalité, à l'évidence, est la condition d'une véritable fraternité, dans la référence au bien commun, qui est de tous. Monsieur le président, le résistant catholique Honoré d'Estienne d'Orves et l'humaniste athée Guy Môquet, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, ne méritent-ils pas même considération ?
 
 

    Tribune d'Henri Pena-Ruiz parue dans Le Figaro, 3 janvier 2008  

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01 décembre 2007

Sarkozy ou la laïcité, il faut choisir

  SarkozyPar Jocelyn Bézecourt
 
    Le pontificat de Nicolas Sarkozy a démarré sur les rails posés durant ses précédents ministères. En roue libre, aussi libre que l’école éponyme. L’homme s’était confié avec franchise en 2004 dans son bréviaire La République, les religions, l’espérance et il poursuit aujourd’hui dans la manipulation des mots.

   
Dans une lettre de mission adressée à Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, il reprend le terme d’ "espérance" pour décrire ce qui serait, selon lui, l’essence de la religion.
 

 

    Tenace, Sarkozy avait préparé le terrain sous son mandat précédent quand, ministre des Cultes, il avait fait accoucher une commission prête-nom d’un rapport destiné à faciliter le financement des lieux de cultes par les collectivités publiques. Une mosquée à inaugurer, une synagogue à visiter, un scientologue à rencontrer, le ministre qui maniait aussi bien le goupillon que la matraque était toujours prêt. Et depuis son accès au trône suprême, il ne s’est pas fait mentir lui-même : ses prêches passés sont maintenant devenus des actions bien réelles. Le Vatican se réjouit de son élection ? Le voilà qui rédige une bafouille très empressée. Le cardinal Lustiger s’en va vérifier les thèses chrétiennes sur l’au-delà ? Il traverse l’océan pour s’afficher à Notre-Dame sur un beau fauteuil de velours. Françoise de Panafieu estime qu’elle a mieux à faire que d’aller traîner, ce jour-là, à Notre-Dame ? Il la gratifie de sa colère habituelle.
   
    Les amis de l'Opus Dei
 

 

    Le premier mandat de Jacques Chirac, en 1995, avait accordé plusieurs postes dans les ministères à des membres ou des amis de l’Opus Dei. Le grand jeu consistait à deviner qui était membre ou seulement ami de la pieuvre. Nicolas Sarkozy a fait plus clair : il a nommé Christine Boutin ministre de la Ville. Opposée à l’IVG, autant qu’à la pilule du lendemain, la députée des Yvelines avait déposé, en janvier 2005, une "Proposition de loi tendant à favoriser l’aide aux femmes enceintes en difficulté" qui consistait, en fait, en une "prévention de l’IVG" par un financement public de la propagande anti-IVG. C’est aussi simple que cela.  

 

    Auparavant, elle s’était opposée au PACS en montrant la Bible à l’Assemblée Nationale en 1998. Christine Boutin est aussi "consulteur" auprès du Conseil Pontifical pour la Famille depuis 1995 et, en juillet 2006, elle a participé au Congrès théologique et pastoral international de Valence en Espagne sur le thème de la transmission de la foi dans la famille. Dans le même registre, elle avait fondé en 1993 l’Alliance pour les droits de la vie, dont l’objectif est identique, la lutte contre l’IVG. A propos de l’islam, ce frère en monothéisme, la présidente du Forum des républicains sociaux est favorable au port du voile islamique à l’école et elle a participé amicalement au congrès 2006 de l’Union des Organisations Islamiques de France. Tous unis contre la laïcité. Et en novembre 2006, interrogée par Karl Zéro sur Canal +, elle estime que Georges Bush pourrait être à l’origine des attentats du 11 septembre 2001 aux États Unis d’Amérique.  

 

    La composition de son cabinet ministériel est à l’image de ses convictions catholiques. Christine Boutin en a nommé directeur le préfet Jean-Paul Bolufer, opposé à l’avortement et à l’homosexualité. Y officie en tant que conseillère technique Christine Dechefdebien, condamnée en 1992 à quatre mois de prison avec sursis et 5000 francs d’amende pour sa participation à un commando anti-IVG dans un hôpital public de Pau. Enfin, on y trouve un curé, Jean-Marie Petitclerc (polytechnicien et salésien), nommé fin juin 2007 comme chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux.
   
    Du côté du Vatican et de l'Islam
 

 

    Deux mois après la mise en place du gouvernement, c’est de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie qu’est venue une nouvelle marque de servilité à l’égard d’une religion avec l’inauguration de la Maison de la Conférence des Évêques de France à Paris (58, avenue de Breteuil). Dans son discours, prononcé en présence du Nonce apostolique et du Président de la Conférence des Évêques de France, la ministre a commencé par noter que le quartier des ministères, dans lequel se trouve le bâtiment, est aussi "celui de nombreux lieux de foi et de réflexion".  

 

    Le hasard, bien sûr, a placé les émissaires du Vatican à côté du pouvoir politique. Son intervention s’est inscrite dans le partenariat déjà existant avec l’organisation catholique et, sans rire, Michèle Alliot-Marie a évoqué une bien curieuse "évolution vers la modernité" de la Conférence des Évêques de France. Enfin, elle a sacré l’Église comme un guide qui nous sortira de l’incertitude : "Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Église catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat." Jésus, secrétaire d’État ?  

 

    Rien de surprenant dans ces amabilités puisque Michèle Alliot-Marie, fidèle écho de la voix de son nouveau maître, souhaite, aussi, organiser la formation des imams. L’objectif est la constitution d’un islam docile qui devienne un partenaire de l’État. Le 30 juillet, le père de la patrie a jugé utile de mettre tout cela par écrit dans une lettre de mission adressée à la même. Il y confie à Michèle Alliot-Marie le soin de garantir à l’islam les facilités nécessaires à son développement alors qu’il n’incombe pas à l’État d’organiser une religion.  

 

    Cette bienveillance s’inscrit dans la poursuite logique de la création du Conseil Français du Culte Musulman par Nicolas Sarkozy en 2003, alors ministre de l’Intérieur. C’est ainsi qu’il avait participé au Congrès de l’Union des Organisations Islamiques de France de cette même année. Au sommet de sa forme, le ministre des Cultes s’était abandonné à présenter comme un ami son Secrétaire général, Fouad Alaoui. L’entrée de Nicolas Sarkozy dans le grand hangar du Bourget avait pris une allure messianique auprès d’un public flatté. Mais, comme on peut le mesurer quatre ans après, le pari sur la modernisation de l’UOIF est raté.  

 

    Face à tant d’empressement à complaire aux monothéismes, la participation des Petits Chanteurs à la Croix de Bois au défilé des armées du 14 juillet fait figure d’aimable distraction. La chorale catholique a chanté, avec le Chœur des armées françaises, la Marseillaise, le Chant des Partisans et l’Hymne à la joie de Beethoven, qui est l’hymne européen. Encore un effort et l’an prochain, entre un Ave et un Pater, on psalmodiera la Torah et on multipliera les louanges à Allah à la Garden party de l’Élysée...
   
    Réunion ministérielle à Notre-Dame
 

 

    Nouvelle étape en août où l’on entendit un déluge d’éloges chantés en chœur par l’Élysée et Matignon suite au décès du cardinal Lustiger. Cet opposant irréductible à l’esprit des Lumières a réussi sa mission : venu illico des USA par avion spécial pour assister à ses funérailles, le pèlerin Sarkozy y était accompagné de sa cour de ministres et de secrétaires d’État : François Fillon, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet et André Santini. Un véritable réunion ministérielle à Notre-Dame ! Enfin, en septembre et octobre, saint Nicolas a poursuivi son pèlerinage. D’abord à l’ONU où il a prêché que, tout simplement, la paix dans le monde passe par le respect des religions et des croyances. Puis à la Mosquée de Paris le 1er octobre pour la rupture du jeûne du Ramadan, avec deux bisous à Dalil Boubakeur, le recteur des lieux. François Fillon l’y avait précédé le 18 septembre et Michèle Alliot-Marie s’y est rendue le 10 octobre.  

 

    En quelques mois d’activité du président Sarkozy, la séparation des Églises et de l’État ploie de plus en plus sous les coups répétés qui lui sont assénés avec application et méthode. Il est à craindre que l’avenir ne connaîtra aucune modération et c’est une véritable destruction d’un des fondements de la société qui se déroule sous nos yeux ahuris. Pourtant, la laïcité est plus qu’une urgence au niveau national comme mondial : les professionnels de la politique se précipitent aux obsèques de Jean Paul II comme du cardinal Lustiger, le communautarisme musulman s’engouffre dans la brèche constituée fort aimablement par l’État avec le Conseil Français du Culte Musulman, les Églises chrétiennes multiplient les actions de pression au niveau des institutions européennes et Benoît XVI n’en finit pas d’éructer contre la laïcité et le "dragon" du matérialisme.
   
    Laïcité contre superstition
 

 

    Séparer les cultes de la chose publique, renvoyer la croyance à une pratique personnelle, en finir avec les privilèges accordés aux religions, tel est l’enjeu d’une laïcité fidèle à son esprit. Une femme, à Paris ou Alger, souhaite s’habiller comme elle l’entend et rejeter ce voile qui fait d’elle un objet sexuel ? La laïcité lui apporte cette faculté. Une autre, au Mexique ou en Irlande, réclame de pouvoir faire un enfant si elle le veut, quand elle le veut et avec qui elle le veut ? La relégation des préceptes machistes des religions hors du système juridique lui assure cette liberté. Un biologiste ou un astronome aspire à mener sa recherche sans contrainte pudibonde ou bandeau posé sur ses yeux ? L’affirmation du caractère obscurantiste des religions lui garantit la liberté de son travail. Un enseignant du Kansas ou de Turquie veut pouvoir instruire ses élèves sur l’évolution des espèces ? L’école laïque constitue un rempart contre les superstitions entretenues par les monothéismes. Enfin, l’antifasciste argentin ou iranien réclame la justice dans son pays contre la tyrannie des militaires et de la religion ? Le devoir de vérité rejettera la réconciliation si souvent prônée par des religions systématiquement acoquinées, ou confondues, avec les despotes.  

 

    Sans frontière et de toutes les couleurs, la laïcité affirme la prééminence de l’individu sur la transcendance et place son émancipation comme un enjeu de liberté. L’institutionnalisation de la foi par les religions, dont un ordre moral hypocrite constitue la colonne vertébrale, n’a jamais servi que le confort des clercs et des puissants. Une réalité que ne méconnaît pas Nicolas Sarkozy pour qui il faut plus de curés, d’imams et de rabbins pour acheter la paix sociale.
   
 

     

Article paru dans "Le Sarkophage"

Posté par laicard à 23:22 - Tribunes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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